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    Son cœur tapait fort dans sa poitrine et il eut l'impression qu'une douleur sourde et continue se propageait progressivement dans chacun de ses membres, s'infiltrait dans ses muscles pour pénétrer chaque parcelle de ce corps qui avait retrouvé, pour l'espace d'un instant, la vie. C'était vraiment une sensation désagréable que de se sentir à nouveau si vulnérable, lui qui depuis deux siècles était débarrassé de toutes ces contraintes physiques.

    Une mèche de ses cheveux blonds collait à son front, et du revers de la main, il la chassa paresseusement. Ses forces l'avaient temporairement abandonné, et il était soulagé de se trouver isolé de ces fantômes. À leurs yeux, jamais il ne devait se montrer faible. Il était leur créateur et se devait d'incarner la puissance.

    Soupirant bruyamment, il se laissa tomber mollement aux côtés du corps inerte d'Abigail. Il avait plongé la jeune fille dans une espèce de transe qui lui permettait de sonder plus aisément son esprit, de mieux la comprendre pour apprécier au maximum son petit spectacle. Et son esprit était d'une complexité remarquable. Alors que tant d'autres l'avaient considérée comme une jeune fille malade et traumatisée, lui, il voyait en elle une toile qui ne demandait qu'à être terminée. Un chef-d’œuvre qu'il fallait révéler.

    Comment pouvons-nous juger nos pairs sur leur normalité ? Lorsqu'un enfant nait, son esprit est vierge. D'ailleurs, possède-t-il seulement son esprit propre durant ses premiers instants de vie, après ces neuf mois de fusion ? Alors comment pouvons nous décider de ce qui est normal ou non, de ce qui est malade de ce qui est sain, lorsque l'individu que nous sommes n'est en réalité que le résultat d'une suite d'événements ? Le démon passa son bras autours de la taille fine d'Abigail. Elle n'était pas folle, et à ses yeux, elle n'était pas malade. Elle était marquée par la vie, et c'était ça ce qui la rendait si exceptionnelle.

     

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    Cyal se rapprocha d'elle, donnant plus de force à cette étreinte, et il embrassa doucement son cou. Il savoura la douceur de sa peau et il ferma à nouveau les yeux. Malgré tout ce qu'elle avait vécu, il cherchait à comprendre d'où provenait encore cette douceur qui se dégageait d'elle. Pour la plupart de ses victimes, il n'y avait rien d'autre qu'un goût amer. Mais ici, il y avait quelque chose de différent. Elle était si spéciale …

    Alors qu'il aurait dû voir grandir en elle tout un tas de sentiments contradictoires, aucun d'eux n'avait réussi à prendre le dessus sur cette étrange mélancolie pleine de bonté. Elle aurait dû arriver au bout de ses forces, lui céder peu à peu, mais pourtant, elle cherchait encore à se battre. Un peu comme l'adolescente qui avait fui son domicile, elle n'abandonnerait jamais sa lutte. Alors pourquoi se laissait-elle autant dériver dans la réalité ? Pourquoi n'avait-t-elle pas eu peur en entrant dans sa vieille maison ? Pourquoi se noyait-elle dans un mélange de drogue et d'alcool ? Le démon secoua négativement la tête : même pour lui, certaines choses resteraient un mystère.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Juin 2013 à 17:27

    un petit rapprochement hum hum ^^ je me demande si ton histoire va bien finir :p



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