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    La jeune femme attrapa le bord du lavabo. Elle sentait monter en elle une crise et elle perdait peu à peu l'équilibre. Ses souvenirs tentaient de refaire surface, mais ils ne le devaient pas. Non, pas ici !


    - Tu as vu pire que ça dans ta vie, n'est-ce pas Abigail ? Alors ne te laisse pas avoir par une marre de sang la rassura la Petite voix

     
    Abby respira deux grandes bouffées d'air. L'enfant avait raison, et ces trois gouttes de sang ne devaient pas l'effrayer. Et puis, ce n'était pas réel.



    - Bien, enchaina la Petite voix, tu es une grande fille. Et puis, il y a tellement mieux a faire que de rester coincée ici ...


    La jeune femme se redressa avec difficulté. Il y avait d'autres portes à explorer après tout. Elle allait quitter la pièce lorsqu'elle se rendit compte qu'un bruit insupportable montait à ses oreilles.
    Ploc, ploc
    Etait-ce le fruit de son imagination ? Elle l'ignorait, mais ce dont elle était sûre, c'était que le robinet de la baignoire n'était pas fermé comme il fallait.

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    Ploc, ploc
    Il y avait de quoi devenir fou. Etait-ce possible de perdre encore plus la tête ? Abby en doutait. Son cas était déjà désespéré.
    Mais pourquoi donc n'avait-elle pas entendu ce fichu bruit avant ? Peu lui importait la réponse, mais elle était bien décidée à le faire taire maintenant. Même si pour cela, elle devait arracher la tuyauterie. Fixant des yeux la baignoire, dont le rideau était tiré, elle défiait l'objet du regard.


    - Tu comptes te battre contre de la porcelaine ? 


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    Abby ne répondit pas à la provocation. Ce gamin n'y comprenait rien, un point c'est tout. Elle ferait ce qu'elle avait à faire et il n'avait pas son mot à dire. De toute façon, s'il n'était pas content, il pourrait toujours trouver refuge chez un autre détraqué. Peut-être qu'avec lui, il entretiendrait un minimum de conversation !
    Elle s'approcha méthodiquement de la baignoire, essayant d'ignorer le mieux possible le sang sous ses pieds, avant de tirer brusquement le rideau qui lui obstruait le champ de vision.
    A la vue de ce que l'objet contenait, elle ne put s'empêcher de reculer. Une grimace se peignit sur son visage émacié. Ce ne pouvait pas être vrai !
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    Juste à quelques centimètres d'elle un corps reposait. Un corps qui, a première vue, devait être humain. Il n'y avait plus d'eau depuis longtemps et le cadavre était complètement desséché. Contre la porcelaine de la baignoire, des longs cheveux roux étaient collés. Pas de doute possible, il s'agissait d'une femme. Depuis combien de temps trempait-elle ainsi ?
    Abby n'était pas sûre de vouloir connaitre la réponse, mais la Petite-voix n'était pas de cet avis.


    - Les voisins ont mis plus de huit mois à la découvrir. Quelqu'un payait les factures à sa place et on la disait dépressive. Personne ne s'est donc inquiété de ne plus la voir sortir son chien. Ils pensaient qu'elle avait dû vider les lieux sans prévenir quelqu'un. Et pour ceux qui ont soupçonné son tragique destin, ils ont trouvé que cela était mérité ...

    - Co...comment ? réussi à articuler Abby avec peine

    - Les êtres humains sont des sujets d'études intéressants. Toi même tu me distrais beaucoup.

    - Son corps ?

    - Ah, ça, ce n'est qu'un vulgaire détail. Le bouchon de la baignoire était mal fermé et le chauffage était poussé a fond durant tout ce temps

     

     


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    Elle imaginait très clairement cette pauvre femme, avalant une boite complète de comprimés avant de se faire couler un bon bain chaud. Elle pouvait s'imaginer ses sanglots dans l'eau reposante, ainsi que son petit sourire quand la Mort était venue la faucher. Oui, elle souriait, elle en était sûre.

    - Pourquoi ferait-elle quelque chose comme ça,
    s'enquit la Petite voix, plus curieuse que jamais.


    Abby sembla réfléchir un court instant à sa réponse avant que sa voix ne résonne dans le calme de la salle de bain.


    - Si je venais à mourir, moi, j'en serais ravie ...

    - Tu veux te tuer ? s'indigna l'enfant

     
    - Tu résides dans ma tête, tu dois me connaitre, non ? Tu lis bien dans mes pensées, alors mes plus sombres idées ne doivent pas t'être inconnues ...

    - Tu aimerais ressembler à cette femme dont le corps trône dans cette baignoire depuis des années ? Tu aimerais que les vers se nourrissent de ton cadavre ? Tu es jeune, tu es belle. Pourquoi voudrais-tu écourter ta vie ainsi ?

    - La ferme ! siffla la jeune femme, mauvaise. Tu ne sais pas ce que c'est d'errer sans but, de se demander ce que l'on fout là. De se dire que notre putain de vie a été gâchée et que rien ne changera. Rien ne change jamais. Mon corps, je m'en contre fiche. Tu dois bien savoir ce que je lui fais subir après tout ?

    - Tu n'es qu'une idiote !

    - Pitié, tais toi ...
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    Mais la voix n'avait pas dit son dernier mot, et ce qu'Abby ignorait, c'était que son invité n'était pas seulement là pour la raisonner. Contre sa volonté, la jeune femme s'approcha du corps putréfié. S'agenouillant près de la baignoire, elle caressa tendrement la chevelure flamboyante de la morte. Sa main frôla sa peau sèche, pour ensuite glisser le long de l'arête de son nez avant de dessiner le contour de ses lèvres décolorées.
    Les yeux gris de la brune s'ouvrirent en grand et elle réprima de justesse un cri. Elle venait de toucher cette chose.
    Elle avait touché un cadavre ...
    Impossible ! Dans un ultime haut le coeur, elle se précipita vers les toilettes. Même si ce n'était qu'un rêve, jamais elle n'aurait souhaiter à nouveau s'approcher d'un corps sans vie.

    - Tu veux mourir, mais la Mort te dégoute. Tu es étrange Abigail déclara la petite voix alors que sa victime étreignait avec force la cuvette.

     

    - M'appelle pas Abigail souffla la femme en passant une main sur son front trempé de sueur.

    - C'est ton nom pourtant s'exclama l'enfant

    - Abigail n'existe plus

     

    La Petite voix ne répondit pas. Abigail était vraiment intéressante. Pas comme les autres. Elle, au moins, avait de nombreux secrets et une personnalité bien plus complexe que ces autres hôtes. Et puis, il fallait bien l'avouer, c'était la première fois qu'on lui parler ouvertement.

     

     


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    Abby attrapa une feuille de papier toilette sur le rouleau et essuya sa bouche. Si elle s'efforçait de ne pas penser au cadavre tout proche d'elle, elle pourrait sortir de cette maison sans encombre et regagner le centre ville avant l'aube. C'était une perspective des plus rassurantes. Mais il est plutôt mal poli de sortir avant la fin du spectacle ...
    Les yeux clos, elle ne remarqua pas que le macchabée dans son dos venait de quitter son cercueil.

      Ploc, Ploc

    Il y avait toujours ce maudit clapotis. Elle l'avait presque oublié avec ce cadavre dans la baignoire, mais il l'obsédait désormais à nouveau.

    Ploc, Ploc

    Si elle ne le faisait pas taire, sa tête allait certainement exploser. L'héroïne la rendait a fleur de peau, c'était un des effets notoires quand elle commençait peu à peu à refaire surface. Ainsi, il n'était pas rare de la voir exploser pour une broutille. Et en cette nuit d'été, sa victime allait être le robinet mal fermé de la baignoire.

    Ploc Ploc

    Elle s'appuya sur un des ses genoux et tira la chasse d'eau de sa main gauche.

    Ploc Ploc

    Elle allait se remettre sur ses deux pieds lorsqu'elle sentit de sa main droite, toujours au sol, de l'eau. Alors elle baissa les yeux. A ses côtés, une flaque d'un rouge sang se formait peu à peu. C'était chaud ...

    Ploc Ploc

    Doucement, elle redressa la tête. Devant elle, se tenait la dépouille qui gisait, il y a encore peu, au fond de la porcelaine immaculée. Elle se tenait droite, et sur ses deux pieds.
    Abby garda le silence et détailla la silhouette qui lui faisait face. Elle s'attarda sur son visage creux et ses orbites vides.

    Ploc, Ploc

    Puis son regard glissa lentement vers ses bras qui pendaient, inertes, le long de son corps nu et abimé. Les poignets de la chose étaient ouverts en un sourire sanglant qui la narguait.

    Ploc, Ploc

    Une grosse goutte de sang s'écrasa mollement sur le sol avant de rejoindre la flaque aux pieds d'Abby.
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    La jeune femme ne pouvait détacher ses yeux du spectacle. Etait-ce réel ? Non, bien sur que non ce ne pouvait être réel. Cette image venait de son subconscient et elle exprimait surement un de ses pires cauchemars ...

    Mattie se relevant de sa tombe

    Toujours immobile, Abby ne réagit pas lorsque le cadavre pointa vers elle un index meurtrier. Et ce n'est que lorsqu'elle sentit sa gorge s'emplir d'un étrange liquide chaud et écoeurant qu'elle voulu fuir. Mais il était désormais trop tard pour elle. Le sang obstruait déjà ses voies respiratoires.  Elle porta désespérement les mains à sa gorge et ouvrit en grand sa bouche. En vain. Elle ne pouvait plus respirer.

    Avant de s'effrondrer sur le carrelage de la salle de bain, elle lança un dernier regard a ce corps que la vie aurait normalement dû déserter. Elle était certaine que la chose souriait.






    Oui, je sais, ça ressemble à une scène de Shinning de S. King. Oui j'ai lu le livre, j'ai même vu le film, et pourtant cette ressemblance est involontaire. Cette scène vient d'un de mes rêves et j'ai fait le rapprochement uniquement suite à un commentaire d'une personne qui m'accusait de plagier -__-"
    Jamais je n'aurai le culot de massacrer le travail de cet écrivain, retenez le. Mais il est mon auteur favoris, et malgré moi, je m'inspire de lui ...


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