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    Abby ouvrit les yeux. Une terrible douleur lui vrillait les tempes et elle avait froid. Se redressant avec du mal, elle se demandait ce qu'elle pouvait faire sur le carrelage d'une salle de bain qui n'était visiblement pas la sienne.
    Elle soupira, où était-elle donc ? Un drôle de gout trainait sur ses papilles gustatives. C'était métallique ... Et peu à peu des images lui revenaient en mémoire. Elle se rappelait le sang sur le sol. Ce maudit ploc-ploc ... Et puis la momie dans la baignoire.


     - Une momie … chuchota-t-elle, sceptique


     Mis à part l’écho de sa propre voix, tout était calme. Elle ne gardait qu'un vague souvenir de son hallucination et ce n'était pas plus mal. Imaginer un truc pareil, elle s'en serait grandement passé. Dans un énième soupire, elle se remit sur ses deux pieds, prête à affronter le proprio de cette fichue baraque qui, il fallait bien l'avouer, lui avait flanqué une sacrée trouille.

    Elle allait prendre la porte lorsque son regard se porta automatiquement vers la baignoire propre et vide. Sur le carrelage bleuté, il n'y avait pas la moindre éclaboussure de sang. Comme si on avait fait le ménage le matin même. Abby croisa les bras sur sa poitrine. Un étrange sentiment l'envahissait lentement, mais elle ne pouvait le définir. Etait-ce de la ... déception ?

     - T'es déçue de ne pas retrouver ton cadavre nageant dans une eau sanguinolente ? se sermonna-t-elle. Estime-toi heureuse de ne pas être tombée nez à nez avec ce truc ...


    D'un geste rageur, elle tira violemment le rideau en plastique de la baignoire et poussa la porte de la salle d'eau. Il était grand temps pour elle de mettre le nez dehors.

    Une salle de bain hantée. Mais où avait-elle trouvé un truc pareil ?

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    La lumière qui émanait du salon la laissa perplexe quelques instants. S'arrêtant devant la porte close de la salle de bain, elle tendit l'oreille. La télévision diffusait ses programmes et une petite voix fluette, en provenance de la cuisine, chantonnait une sorte de berceuse. Elle haussa les épaules. La bonne femme derrière ses fourneaux devait surement s’escrimer à préparer un repas all échant. L'estomac de la jeune femme émit, a cette réflexion, un étrange gargouillis.

    - Silence toi ! C'est pas le moment de nous faire repérer intima-t-elle à son ventre déséspérement creux.


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    Elle s'avança donc d'un pas silencieux vers le salon, prête à prendre ses jambes à son cou si elle croyait sa présence détectée. Alors qu'elle s’approchait des escaliers, son regard se posa sur le chien qui ronflait dans son panier. Le même chien qu'elle avait imaginé quelques temps plus tôt, recyclé en tapis devant la salle de bain. Le même qui avait attendu que son maitre sorte de son bain, sagement couché devant la porte.
    Abby respira calmement. Avant de s'effondrer sur le carrelage, elle se souvenait s'être laissée attendrir par l'animal. Etait-elle encore sous les effets de la drogue ?
    Et puis, elle se souvenait aussi de la Petite-voix. D'ailleurs, pourquoi n'était pas là à la charrier ? Elle soupira. Si elle n'était pas dans un rêve, et bien tant pis pour elle. Elle prenait le risque de se faire passer pour une folle. Ou une cambrioleuse.

    Alors qu'elle s'avançait vers l'épagneul, elle remarqua enfin les photographies suspendues au dessus de sa tête. Trois cadres qui représentaient la vie entière d'une jolie jeune femme.

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    Sur la première photo, il neigeait. Le modèle ne devait pas avoir plus de la vingtaine et une longue chevelure rousse retombait sur ses épaules. Elle posait à coté d'un bonhomme de neige aux airs diaboliques fait certainement dans l'aire de jeu du quartier. Abby l'envia. Elle était belle et pleine de vie. Tout son contraire.
    Sur la deuxième image, la même femme était enceinte. Toujours ce même sourire. Ce visage parfait. Cette joie de vivre.
    Le dernier cliché, quant à lui, était un portrait de famille. La rouquine avait coupé ses cheveux et était entourée par une blondinette blottie dans les bras de l'homme qui devait être son père. Abby se pencha vers la photo. Il y avait quelque chose de dérangeant, mais elle ne pouvait mettre le doigt dessus. L'enfant se cachait le visage. La femme souriait. Mais de l'homme ne se dégageait aucune expression. Il était comme neutre, complètement indifférent à l'immortalisation de sa petite famille sur du papier glacé, un regard vide comme seule parure. Etait-il perdu dans ses pensées ?


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    Abby tourna les talons. Y avait-il un rapport entre la momie de la baignoire et ces photographies ? Elle soupira. C'était possible, en effet, que son cerveau ait imaginé une mise en scène pareil, et ce, même si elle n'avait que vaguement entre-aperçu les images au mur. Le corps humain peut parfois être surprenant. 
    Alors qu'elle allait regagner l'escalier, elle se figea. Une voix venait de l'interpeller.


    - Tu comptes vider les lieux ? Mais on commence à peine à s'amuser résonna la Petite-voix depuis les profondeurs de son cerveau.


    Abby soupira. Elle l'avait presque oubliée celle-là. Un court instant, elle s'était laissée imaginer que ce qu'elle avait vécu dans cette effroyable salle de bain n'était qu'un rêve. Un simple rêve inoffensif. Mais cette intrusion démontrait le contraire. Si cette enquiquineuse était revenue, c'est que la drogue coulait encore dans ses veines. Autrement dit, elle hallucinait toujours …


    - Je partirai, que tu sois d'accord ou non ! siffla la jeune femme, mauvaise.

    - Penses-tu que je te laisserais faire ?

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    L'enfant se tut un instant, laissant la brune perdue. Elle venait de se faire menacer par une voix ? Une voix qui, théoriquement, n'était que dans son esprit ? Elle secoua vigoureusement tête. Il semblerait bien que cet enfant n'ait pas appris la politesse.


    - Toi non plus, visiblement. Pars maintenant, et notre hôte en sera plus que déçu. N'apprécies-tu pas ce que tu as sous les yeux ? N'était-ce pas ça que tu recherchais en entrant ici ? Te faire peur ? Te sentir vivante ?

    - Minute papillon ! Comment ça "notre hôte" ? C'est cette bonne femme sur les photos qui a tout orchestré ? Le coup de la momie, le sang ? Elle a voulu me tuer ? Elle a glissé un truc dans le potage auquel j’ai goûté ?

    - Tu es loin du compte Abigail. Mais il suffit maintenant.

    - M'appelle pas Abigail, je te l'ai déjà dit !

     


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    La Petite-voix ne réagit pas. Quant à Abby, elle décida d'aller s'assoir pour tenter de se calmer. Elle ferma doucement les yeux et se concentra sur les bruits qui l'entouraient.
    A la cuisine, la femme fredonnait inlassablement le même air. Et puis, il y avait toujours le grésillement de la télévision. C'est alors qu'elle se rendit compte que l'écran ne diffusait plus le même programme soporifique. L'image fade en noir et blanc s'était colorisée, et un joli couple s'enlaçait tendrement.


    - C'est quoi ça ? s'étonna-t-elle


    Elle se gratta nerveusement la tête. Elle ne comprenait plus rien. Personne n'avait changé de canal. Et puis, comment aurait-elle pu expliquer la subite amélioration technologique de l'antiquité ? Du noir et blanc à une qualité numérique, ce n’était pas possible, il y avait un truc.


    - Je suis toute a toi mon amour murmura la femme au creux de l'oreille de son amant, d'une voix qui se voulait sensuelle

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    Abby eut la nausée. Vraiment, les dialogues étaient recherchés. Digne d'un porno bas budget. Une jolie petite minette bien faite, pendue au cou d'un bel étalon, qui la pénétrerait sans aucune tendresse.
    La brune détailla l'homme qui lui faisait face. Un grand blond au regard bleuté. Toujours cette expression froide, malgré la quelconque émotion qu'il aurait dû ressentir. Parce qu'une femme, dans une position aussi équivoque, ne devait pas laisser indifférent un mâle normalement constitué.


    - J'hallucine, ils ont tourné un film amateur ou quoi ? Dans sa tête, elle venait de faire le rapprochement entre le portrait de famille et les mauvais acteurs qui s'agitaient sur l'écran.


    Les yeux rivés sur le poste de télévision, elle ne pouvait se détourner de la scène. Bien qu'un peu choquée par l'allure que prenait la vidéo, elle était comme envoutée. Génial, elle était accro à un porno amateur ...
    La femme avait retiré d'un geste sensuel sa petite robe légère, et oh, surprise, elle ne portait aucun sous-vêtement.


    - Faut bien aérer après tout souffla Abby, un petit sourire fiché au coin des lèvres

     


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    Le blond la regarda faire, ses pupilles étrangement animées d'une flamme. Non, elle ne rêvait pas. Il prenait lentement vie sous ses yeux. Sa bouche s'étira en un fin rictus carnassier. Sa peau se colorait petit à petit. Et son corps se mouvait pour aller rejoindre sa partenaire.
    La rousse venait de se coller a nouveau à lui. Tout en l'embrassant, elle dirigea les fines mains de son compagnon vers son intimité. Fallait dire que pour un homme, il ne prenait pas beaucoup d'initiatives. Les caresses cessèrent rapidement. La jeune femme venait de s'éloigner de quelques centimètres. Elle observa son amant, indignée. Il était encore habillé jusqu'en haut ... Il fallait qu'elle y remédie.
    D'un geste délibérément lent, elle déboutonna sa chemise, avant de s'attaquer a son pantalon.

    Ils étaient désormais allongés sur le sol, complètement nus. Encore plus provocatrice, la jolie rouquine enjamba son partenaire. Le dominant de toute sa hauteur, elle se saisit de sa virilité.


    - Et si on inversait les rôles maintenant ? murmura l'homme, à peine audible, avant de renverser sa tendre amie sur le côté.


    Abby observa la scène, sans grand intérêt. L'acteur était beau, mais sans plus. Et puis cette petite rousse au visage angélique l'agaçait. Laissant son regard errer vaguement sur le dos de l'homme, elle aperçut alors le tatouage qu'il arborait. Partant de ses épaules, il courait le long de sa colonne vertébrale. Pas vraiment courant comme motif, il lui rappelait l’idée d’ailes atrophiées.

    ... démon ...

     

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    En un clignement de cils, la scène changea à nouveau. La rousse se redressa lentement, embrassa son ami et s'habilla avant de quitter la pièce.

    Une fois seul en ces lieux, le blond poussa un long soupir avant d'attraper ses vêtements. Il venait de s'envoyer en l'air avec une fille qui, Abby devait l'avouer, était des plus jolies, et cet imbécile n'avait pas l'air d'être satisfait. Son visage avait retrouvé son maque impassible, et ses yeux étaient à nouveau des plus froids.
    La jeune femme le regarda boutonner sa chemise avec attention. Il y avait quelque chose d'attirant dans ses gestes. Quelque chose d'hypnotisant. Mais elle aurait incapable de dire exactement ce dont il s'agissait.
    Toute sa personne la captivait.

    Quand il fut vêtu, l'homme alla attiser les braises dans la cheminée. Ils avaient fait l'amour sur le tapis, devant un feu de bois. Jamais la brune n'avait vu une ambiance aussi romantique. Ou stupide. Chacun son opinion. Fallait dire que le romantisme et elle, ça faisait deux.
    Alors qu'elle était plongée dans sa contemplation, elle se rendit compte d'un détail assez troublant. L'acteur était désormais là, face à elle, les bras croisés sur son torse. A croire qu'il pouvait la voir à travers l'écran.
    Pendant que la peur la gagnait de nouveau, un fin sourire fendait doucement le visage candide du blond.


    - Veux-tu réellement nous quitter Abigail ? murmura-t-il


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