• 44

    44

     

    Prenant place sur le canapé derrière lui, le démon chassa une longue mèche argentée de son visage fin. Il était mort depuis bien longtemps, et ainsi débarassé de nombreuses contraintes physiques, mais quand il tentait se genre d'expérience, il était aussi faible qu'un humain. Et ça, il le détestait ...

     

    - J'espère que tu aimes ce que tu vois souffla-t-il doucement

     

    Sa voix résonna et lorsqu'il but une nouvelle gorgée de vin, le carillon de l'imposante horloge à sa gauche sonna deux heure. Il n'avait pas vraiment envie de quitter son bureau, mais il ne pouvait se permettre de rester plus longtemps ici. Ca aurait été dommage de gâcher le jeu ...

     

    44

     

    Alors dans un soupir inaudible Cyal se leva de son siège et quitta les lieux. A l'autre bout du couloir, il pouvait entendre une voix féminine vociférer quelques injures. Sans se presser, il prit soin de ne pas faire de bruit et il gagna la première porte sur sa droite lorsque le pas lourd d'Abigail fit craquer les marches de l'escalier.
    Un fin sourire fiché au coin des lèvres, il disparut dans l'obscurité de la chambre. Quand l'horloge retentirait une nouvelle fois, il allait enfin pouvoir l'approcher ...

     

     

     

    Fin du chapitre


    3 commentaires
  • chapitre 5


    votre commentaire
  • 45

     

    45

     

    Le cœur battant trop fort a son goût, Abby descendit les marches de l'escalier aussi vite que son corps le lui permettait. Les membres secoués par de violents spasmes et l'esprit en ébullition, elle ne se rendait même pas compte qu'elle tremblait comme une feuille.
    Plus tard, elle mettrait ça sur le compte de l'émotion.
    Plus tard, oui, quand elle serait chez elle. Quand elle se serait débarrassée de la Petite-Voix et qu'elle se serait injectée une nouvelle dose d'héroïne pour oublier tout ça. Si jamais elle pouvait oublier.
    Plus tard, si elle arrivait à sortir.

     Le pied posé sur la dernière marche, elle se jeta littéralement sur la porte vitrée qui n'était qu'a deux pas d'elle. La porte d'entrée. La sortie. Son salut.

    La main sur la poignée, elle se rendit vite compte de son erreur. Elle avait oublié que c'était fermé et qu'elle n'avait pas pu entrer par là plus tôt dans la soirée. Il ne manquait plus que ça ...
    Elle resta quelques secondes de marbre, réfléchissant à la situation et elle décida finalement d'enrouler son bras dans son pull. Elle se fichait de se faire remarquer par des voisins curieux, car elle, elle voulait tout simplement vider les lieux. Retenant son souffle et fermant les yeux, elle frappa de toutes ses forces sur le verre. L'impact résonna dans ses membres et elle crut un court instant avoir atteint son but. Mais rien n'avait bougé et pas la moindre fissure n'était apparue sur la porte. Alors elle retenta l'expérience. En vain.

    La surface résistait à ses attaques et elle était encore coincée ici ...

     

     

    45

     

    C'était un fait, elle était piégée et le désespoir profita de cette brèche dans sa carapace pour s’y faufiler. Depuis le début, seule l'idée de sa survie la faisait encore tenir debout. Mais là, c'en était trop. Se laissant glisser sur le sol, elle plongea dans ses plus sombres pensées.

    Peut-être aurait-elle dû mourir là haut. Etouffée ou noyée, peu lui importait. Elle souhaitait la Mort depuis tellement longtemps, alors ou était la différence si elle lui était donnée par une vieille momie ou une rouquine complètement folle ? Qu’elle était la différence si elle mourrait suite à une hallucination ou qu’elle rejoigne l’autre monde consciemment, puisqu’au final le résultat était le même ?  Son corps serait dévoré par les vers un jour de toute façon.
    L'idée de remonter à l’étage et d'affronter la chose qui y vivait lui effleura l'esprit. Pourquoi avait-elle fui ? C'était une bonne question.


    - T'es pas décida à m'aider ... souffla Abby a la Petite-Voix

     Sa voix résonna dans toute la demeure. Elle était seule désormais, elle en était persuadée. Pas un bruit, pas un craquement ne se faisait entendre là-haut. Même la Petite-Voix ne dénia lui répondre. Alors elle ferma les yeux.
    Non, elle ne mourrait pas. Elle ne se laisserait pas avoir par une putain d'hallucination. Elle irait rejoindre sa sœur en temps voulu. Quand elle serait prête et qu’elle l’aurait décidé.

    - On se retrouvera Mattie, mais pas ce soir murmura-t-elle


    2 commentaires
  • 46

    46

     

    Suite à ces paroles, Abby ravala une larme et se hissa péniblement sur ses deux pieds. Elle réprima un frisson et ne prêta aucune attention aux protestations vives de son corps exténué. Elle ne resterait pas ici une seule minute de plus. Non, elle ne crèverait pas dans cette baraque et encore moins de la main d'une hallucination. Car oui, elle en était persuadée désormais, il n'y avait rien de surnaturel ici. Juste un peu de trop de drogue dans ses veines, de la fatigue. Et optionnellement une conscience dérangée.


    - Tu as entendu la Petite-Voix ? Tu ne peux rien contre moi hurla-t-elle au milieu du couloir. Je sortirais d'ici d'une façon ou d'une autre. Et si l'envie me reprend de passer dans le quartier, ce sera certainement pour tout faire bruler !


    Et comme elle s'y attendait, seul le silence lui répondit. Haussant les épaules, indifférente a la provocation de son imagination, elle longea l'interminable rangée de portes closes. Elle se demanda vaguement ce qu'il pouvait bien se cacher derrière, mais chassa vite cette idée. Au diable sa curiosité maladive, elle avait plus important à faire … comme sauver sa vie par exemple.

     

    46

     

    Face à elle se dressait la porte du bureau par lequel elle était entrée. Sans douceur aucune, elle tourna la poignée et pénétra dans la pièce. D'un pas décidé, elle gagna la fenêtre à sa gauche, poussa le rideau et tenta de l'ouvrir.
    Allait-elle coulisser ? Bien sur que oui, il ne pouvait pas en être autrement. Après tout, elle avait investi les lieux grâce à elle, alors pourquoi ne pourrait-elle pas l'utiliser comme sortie ? Abby retint son souffle l'espace d'un instant. Le doute s'était-il immiscé en elle ?

    Non, ce n'était pas le doute. C'était un sentiment inconnu qui l'envahissait doucement, mais sûrement. Il la gangrenait de l'intérieur, un peu comme un mauvais virus, réduisant tout ce qu'elle était à néant. Mais qu'avait-elle été vraiment ? Secouant nerveusement la tête, elle éloigna cette idée stupide. Elle était ce qu'elle avait toujours été. Une fille peu fréquentable, dévorée par la haine et le chagrin. Une fille lâche. Une fille qui cherchait à sauver sa peau pour vivre dans le remord encore un peu plus longtemps.
    Oui, mais elle se sentait changer, et elle ne pouvait pas le nier. Elle soupira tout en jetant un dernier regard vers l'extérieur. Dehors, les étoiles brillaient faiblement et elle ne voyait aucune trace de présence humaine. A croire que le monde avait cessé d'exister derrière les briques de cette maison.
    Avec un petit sourire, elle se détourna de la fenêtre, tranquille. En quelques secondes, la terreur l'avait désertée et tout un pan de sa personnalité était partie avec elle. Maintenant plus que jamais, elle se sentait bien.
    Sa captivité ne se ferait sentir que bien plus tard. Plus tard, quand elle ne pourrait plus rien faire pour conserver son intégrité.

     


    votre commentaire
  • 47

    47

     

    Dans un ultime soupir, elle alla rejoindre le canapé à ses côtés. Croisant les jambes, elle se demanda ce qu'elle faisait encore dans cette maison, qui, il y a quelques minutes encore, lui avait flanquée une sacrée trouille. D'un geste vague de la main, elle chasse cette question stupide. Pourquoi devrait-elle s'encombrer la tête avec tant de futilités ?
    Elle observa ses mains comme si celles-ci allaient lui fournir une réponse concrète, mais son esprit était hermétiquement clos et prônait toujours la même rengaine "pourquoi restes-tu là ?"



    - Je parie que même toi tu ne saurais pas répondre murmura Abby a la Petite-Voix


    C'était de mieux en mieux. Voila qu'elle s'adressait a ce fichu gosse de son plein gré, sans le menacer ou l'insulter. Quelque chose chez elle avait bel et bien changé. Elle le savait.
    Perdue dans sa reflexion, elle porta instinctivement un de ses doigts à la bouche avant de se ronger un ongle. Au bout d’un court instant, elle fixa son index mutilé, perplexe. Il ne manquait plus que ça. Elle reprenait une vieille habitude de son enfance.



    - Si Papa me voyait faire ça, il deviendrait fou ... lâcha-t-elle avant de reposer sa main sur un genou.


     

    47

     

    Son visage blêmit et elle fit la grimace comme à chaque fois qu’elle pensait à son père. Serrant les poings, elle ferma les yeux et respira profondément avant de se concentrer sur le tic-tac interminable de l'horloge ancienne. Elle devait reprendre ses esprits avant de se faire tuer ici même.
    En soupirant, elle chassa l’image de son père et elle se laissa aller à la contemplation de la pièce. Elle devait sortir d'ici, certes, mais pourquoi le faire rapidement ? Elle avait toute la nuit devant elle après tout. Et ici, elle ne risquait rien.

     

    Manipulation

     

    Toujours assise, elle ferma les yeux un court instant, une odeur lui chatouillant les narines. Elle lui rappelait vaguement quelque chose, mais elle n’arrivait pas à savoir quoi. Elle renifla bruyamment plusieurs fois, forçant son cerveau a faire le rapprochement et soudain, elle comprit. Dans le bureau flottait les effluves d'un parfum masculin.
    Son parfum
    Son père.
     Réprimant un nouveau frisson, elle se leva du canapé de velours et fit les cents pas.

    Mais qu'avait-elle ce soir à penser a ce monstre ? Serrant les poings, elle soupira. En réalité, elle ne cessait jamais de penser à lui. Il était sa chair, il était son sang. Et ça, elle ne pouvait l'ignorer ...

     


    votre commentaire