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    Le soleil s'était couché depuis longtemps et pourtant l'endroit était pour le moins agité. Des hommes, de tous âges et de tous horizons, foulaient le pavé en cette heure tardive, à la recherche d'un peu de compagnie. Abigail observait ces gens depuis un certain moment et elle les trouvait répugnants. Un peu de compagnie, ou plutôt baiser sans se prendre la tête, c'était ça leur but. Et elle, dissimulée dans le noir, elle hésitait à se mêler à eux.

     

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    Pourrait-elle accepter d'être traitée comme un objet ? Pourrait-elle accepter de se vendre comme ça ? Pourrait-elle accepter de perdre ainsi sa dignité ? Elle croisa les bras sur sa poitrine et avança vers la lumière blafarde des lampadaires. Sa dignité, ça faisait longtemps qu'elle l'avait perdue, et au point où elle est était désormais, elle n'avait plus d'autre choix que de rejoindre le groupes de prostituées sur le trottoir.

     

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    Elle n'avait rien a voir avec toutes ces filles peu vêtues. Elle n'était pas désirable. Elle n'était pas belle et son corps n'avait pas encore les formes d'une véritable femme. Mais pourtant elle était là, piétinant le bitume à attendre que quelqu'un s'intéresse à elle. Au fond d'elle, une petite voix lui soufflait qu'avec son apparence, aucun client ne la solliciterait, qu'elle n'aurait bientôt plus d'argent et qu'elle allait surement mourir de faim ou de froid et sans personne pour la pleurer. Oui, quelque part tout au fond d'elle, elle en venait à regretter d'avoir fuguer. Volontairement, elle avait quitter la maison et tout le confort qui s'offrait à elle. Elle avait mis fin à ce monde où elle avait tout ce qu'elle désirait. Elle avait décidé de changer de vie et de tout recommencer à zéro, avec pour seule compagnie le fantôme de sa petite sœur qui la suivrait à jamais. Abigail soupira avant d'inspecter la rue. Il n'était pas encore trop tard pour elle et peut-être qu'en rentrant d'ici peu, elle retrouverait sa vie d'avant.

     Perdue dans ses pensées, elle mira la lune qui la narguait entre les hauts buildings. D'épais nuages commençaient à cacher ses reflets d'argent et un vent froid s'était levé depuis peu. Elle frissonna légèrement. Le ciel lui envoyait-il un signe ?

     

     - Encore un … souffla-t-elle

     

    Encore un, c'était ça. Si un homme venait demander les services d'une autre qu'elle, elle partirait de la zone industrielle, rayerait le quartiers des putes de son esprit et retournerait bien sagement à sa vie de petite fille parfaite. Parce qu'au final, ce qu'elle avait tant cherché à fuir, c'était cette perfection qu'on ne cessait de lui imposer

     

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    De longues minutes s'étirèrent quand enfin un individu déambula sur le trottoir d'en face. Il était grand et sa chemise ajustée laissait deviner des épaules carrées. Il stoppa ses pas et tira une taff sur sa clope. Là, immobile, il scrutait la marchandise. Peut-être hésitait-il sur la fille qu'il voulait se faire ce soir.

     

    - Salut chéri ! Lança la brune pas loin

     

    La femme souriait, mais quelque chose dans son expression ne collait pas. Ses yeux, malgré l'obscurité, brillaient d'une étrange lueur. Etait-ce de la peur ? Le regard d'Abigail se porta ensuite vers l'inconnu qui avait à nouveau glissé la cigarette au coin de ses lèvres. Il avait ignorée la prostituée et ses yeux de prédateur n'en avaient que pour elle. 




    MAJ en cours

     


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    Il s'avança encore de quelques pas, et la détailla de nouveau. Abigail baissa la tête, un peu honteuse d'être reléguée au rang d'objet. Elle avait l'impression d'être dans un supermarché, et elle, comparée aux autres filles pas loin, elle n'était que le vulgaire produit bas de gamme.

     

    - T'es nouvelle, non ?

     

    Elle remua les lèvres pour répondre, mais aucun son ne voulait sortir. L'homme esquissa alors un fin sourire avant de jeter sa cigarette à terre et de l'écraser avec le talon de sa chaussure.

     

    - Pas la peine d'être si intimidée que ça ma mignonne, tu fais le plus vieux métier du monde. Des millions de femmes ont vendu leur corps, et des millions d'autres le vendront dans les années à venir.

     

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    L'adolescente, après un peu d'hésitation, releva ses yeux gris vers lui. C'était ça le signe qu'elle cherchait. Elle l'avait eu, son approbation divine finalement.

     

    - Allez, suis moi.

     

    L'inconnu lui lança un nouveau sourire carnassier avant de lui tourner le dos et d'avancer vers une autre rue. Sans ajouter un mot, puisque visiblement elle n'avait pas le choix, elle lui emboita le pas. Fini la vie facile ...

     


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    Ils marchèrent un moment, Abigail se laissant guider en silence. Ils avaient quitter la zone industrielle et ils avançaient désormais dans un petit quartier endormi. Elle ignorait où ils se rendaient et elle n'était guère rassurée par cet inconnu. Elle, ce qu'elle savait du métier de prostituée, c'était ce qu'elle avait lu dans ses livres ou vu à la télévision. La fille attendait sur le trottoir, un homme venait la chercher dans sa voiture et ils faisaient ça en fonction du fric que le mec était prêt à débourser, la chambre d'un motel coutant généralement bien plus cher que la banquette arrière. Mais là, ils étaient à pieds, ils n'avaient pas discuter du prix, ni même de l'endroit ni quoi que ce soit d'autre. D'ailleurs, à bien y regarder, l'individu n'avait pas l'air d'un de ces obsédés et il agissait comme s'il désirait s'éloigner le plus possible. Souhaitait-il cacher quelque chose ? Elle continua de le suivre malgré tout et ils entrèrent tous les deux dans un parc municipal, désert en cette heure tardive et enfin ils firent halte.


    - Tu sais ce qu'être une pute implique ? Entama l'homme qui lui tournait le dos.

     

    Abigail ne répondit pas, complétement désarçonnée par la question. Finalement, le signe qu'on lui avait envoyé ne laissait rien présager de bon.



    - Faire le trottoir, ça demande quelques précautions ajouta-t-il doucement



    Elle déglutit péniblement tandis qu'un long frisson glissa dans son dos. Elle pouvait encore fuir et se cacher derrière un arbre ou gagner une des maisons juste à côté et demander de l'aide à un habitant. Elle avait ses chances d'échapper à ce dingue si elle enlever ses talons pour piquer un petit sprint.

     

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     Mais elle ne fit rien de tout ça.


     - J'ai juste besoin d'argent bredouilla-t-elle nerveusement.

    - J'ai juste besoin d'argent …


    Il l'avait imitée et sa voix laissait transparaitre quelque chose de malsain. Se retournant doucement, il se rapprocha d'elle. Elle pouvait sentir son souffle tiède dans son cou.



    - On a tous besoin d'argent ma mignonne. Aussi bien toi que moi.



    Il avait à peine terminé sa phrase que son poing s'écrasa contre la mâchoire d'Abigail qui perdit l'équilibre sous la violence du choc. Elle s'effondra alors sur le sol, complétement sonnée tandis qu'une douleur vive remontait dans son crâne pour résonner jusque dans les tréfonds de son être.



    - Ici, t'es sur le territoire d'un mac et tu payes pour bosser. En échange de ça, tu gagnes ta croûte, nous aussi et en prime, t'es protégée contre les enculés qui auraient la bonne idée de partir sans payer. Par contre, si tu refuses, deux choix s'offrent à toi : le premier, c'est de dégager vite fait avant qu'on te remarque, le second, c'est d'aller agoniser quelque part entre deux poubelles. C'est clair, non ? Même une gamine comme toi pourrait comprendre qu'ici, elle risque sa peau à ne pas se plier aux règles.



    Et il lui donna un coup de pied dans le ventre pour appuyer ses propos.

     


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    Étalée sur le sol, Abigail ravala ses larmes et se concentra sur les détails l'entourant pour ne pas se laisser submerger par la douleur. C'était ça la clé, penser à autre chose, ne pas se focaliser sur sa personne. Au début, c'est difficile d'ignorer le fait qu'on a mal, mais avec de l'entrainement, on finit plus ou moins par gérer et à ne pas laisser les larmes couler. Non, ne jamais pleurer. Jamais !
    Quelques gouttes froides de pluie venaient s'écraser mollement contre son visage endolori. Elle avait surement commis la pire erreur de toute sa vie en fuguant.



    - Laisse là Jeff ! Hurla-t-on au loin, tu vois bien qu'elle ne connait pas le milieu


    L'adolescente ouvrit un œil alors que les coups avaient cessé. Son agresseur s'était retourné vivement, cherchant l'origine de cet ordre. Doucement, le long d'un chemin dallé, une silhouette s'avançait.


    - Qu'est-ce que tu fous là toi ?! Répondit-il, énervé


    Abigail tenta de se redresser. Maintenant qu'on ne s'intéressait plus à elle, peut-être pourrait-elle fuir loin de cet endroit de malheur. Mais impossible pour elle d'esquisser le moindre geste. Le dénommé Jeff avait frappé dans l'estomac et elle ne pouvait se relever.


    - Regarde, elle ne peut même plus bouger … s'indigna le nouveau venu en portant son regard sur elle.


    - Et alors ? Si elle crève, y aura-t-il seulement quelqu'un pour la pleurer ?


     

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    Le blond resta muet un instant, semblant réfléchir à la question. L'adolescente l'observa du coin de l’œil. Il était grand, de carrure assez fine et une mèche blonde retombait négligemment sur son visage, dissimulant en partie son regard bleuté.


    - Si tu la tue, le patron ne sera peut-être pas content. Elle n'est pas moche, et les mineurs attirent bien souvent du monde. C'est un bon moyen de se faire de l'argent.

    - Elle n'est pas moche, mais elle n'a pas le look de la maison. Je l'ai trouvée comme ça, devant les entrepôts. Rien. Y avait rien à voir. Elle était complétement coincée. Et j'te parie qu'elle est même pas capable de se vendre. C'est pas un bon investissement.


    - Ecoute, si tu ne veux pas avoir de soucis, je te conseille de lui foutre la paix et de retourner surveiller les environs. Après tout, t'es payé pour ça, pas pour fracasser n'importe qui.


    Jeff s'éloigna sans jeter le moindre regard à celle qui reprenait peu à peu ses esprits. Mais avant de disparaître, il lança acerbe :


    - Prends garde à toi Eden, t'es peut-être le favoris du patron pour le moment, mais ça ne durera pas. Un jour, tu retourneras toi aussi sur le trottoir. Et je n'attends que ce jour pour te la foutre bien profond.

     

     

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    Il ferma les yeux un cours instant, ignorant la provocation, et il reporta son attention sur l'adolescente à ses pieds.


    - Viens, tu ne vas pas rester sous la pluie. J'ai un habitué à aller voir, alors on doit faire vite déclara-t-il tout en la relevant, mais d'abord, tu viens avec moi. Au fait, moi, c'est Eden

    - Abigail articula-t-elle faiblement.

    - Enchanté Abby

     

    La pluie tombait toujours alors qu'ils quittaient le parc. Tout compte fait, elle n'avait peut-être pas fait d'erreur en quittant son cauchemar, puisqu'elle avait fait la connaissance de son ange gardien ce soir là.





    Pour une fois que je suis sympa avec mes persos et que la MAJ se termine sur une note joyeuse, il faut fêter ça.
    Champagne ! Vodka ! Mais pas de Whisky, j'aime pas ça >.>

    Et puis ne vous fiez pas au nombre d'articles hein, mais la MAJ, elle est longue. On est pas loin des 2000 mots. La dernière fois que j'ai autant écris, c'était pour un forum rpg (feu "Inferno Nightmare", dernier fofo en date ou j'avais planté ma tente T__T)

    Aller, ça mérite bien de connaitre vos impressions non ? Une idée sur Eden ? Sur le passé d'Abigail ? Sur le rôle de Cyal peut-être ?

    Bon, moi je vous laisse réfléchir à tout ça, faut que j'aille bosser mon cours sur le langage T__T

     


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