• Prologue

      

    Prologue

     
    Son corps n'était plus que douleur. Elle enveloppait tout son être de sa douce chaleur et elle se diffusait lentement au travers de ses membres, à chacune de ses respirations, à chaque battement de son cœur. Et sa tête menaçait d'exploser s'il esquissait le moindre mouvement.
     Il ne se souvenait pas de l'accident, du moins pas du choc en lui-même, ni de ses causes possibles. Il se revoyait au volant de sa vieille voiture, fendant l'obscurité de la nuit à vive allure. Il allait vite, bien plus vite que la limitation indiquée et il ne prit pas la peine de ralentir lorsqu'il entra dans une petite agglomération endormie. Sur un air de musique rock, il enfonça encore un peu plus la pédale de l'accélérateur pour finalement retrouver les ténèbres. Et à partir de là, c'est le vide absolu. Le néant. Comment s'était-il retrouvé piégé dans sa voiture, son corps complètement meurtri par le choc de l'accident ? Avait-il fait un sortie de route ? Avait-il percuté un arbre ? Un animal ? Ou une ... personne ?
     
    - Une personne ...

    Il avait soufflé ces quelques mots avec peine, mais le son de sa propre voix le rassura un peu au milieu du calme de l'obscurité. Mais maintenant, l'image commençait à s'imposer dans son esprit et ses souvenirs lui revenaient peu à peu. Il n'était pas seul cette nuit et il y avait bel et bien eu quelqu'un, mais pas dehors. Non, pas dehors, mais à l'intérieur du véhicule avec lui.

    - Impossible ...

    Après avoir enfilé sa veste et glissé son téléphone dans sa poche, il se souvenait parfaitement avoir pris la route. Seul, car il avait besoin de se changer les idées. Pourtant après être sorti de la bourgade, alors qu'il avait jeté un regard distrait dans son rétroviseur central, il l'avait vu installé sur la banquette arrière. Il était assis juste derrière lui, à quelques centimètres à peine, sa silhouette dissimulée dans l'obscurité. Mais alors que les battements de son cœur s'accéléraient, l'ombre disparut et il perdit le contrôle de la voiture dans un virage un peu trop serré. L'engin quitta la route et l'instant d'après, il s'encastra dans un arbre qui se trouvait plus loin. La carrosserie s'était tordue dans un bruit assourdissant et il perdit connaissance lorsque sa tête heurta violemment le volant.

     

    Prologue

     
    Son accident résultait d'une hallucination, et maintenant, seul et désorienté, il était perdu au milieu de nulle part. Pris d'une panique soudaine, il tenta de détacher sa ceinture de sécurité pour se sortir de là. Mais à peine avait-il bougé qu'une vive douleur le saisit et il lui fut presque impossible de respirer. L'air ambiant lui brûlait les poumons et à chacune de ses bouffées, il avait l'impression d'être dévoré de l'intérieur par un immense feu. Il devait très certainement avoir une côte fêlée. Mais il ne pouvait pas rester seul ici ! Certes, quelqu'un finirait peut-être par trouver l'épave, mais au bout de combien de temps ? Lui-même ignorait l'endroit où il était, suivant les petites routes sinueuses au gré de ses envies. Se trouvait-il le long d'une route fréquentée ou non ? Sa voiture était-elle visible depuis la chaussée ? Et pire, est-ce que son état de santé pouvait attendre qu'un individu lambda le retrouve ? S'il voulait se sortir de ce pétrin, il allait devoir le faire lui-même et son téléphone portable serait son salut. L'objet, toujours dans sa veste, attendait sur la banquette arrière. Il n'avait qu'à se retourner doucement et attraper le vêtement.
    Il attendit un instant, se préparant à avoir mal de nouveau, il prit une grande inspiration et il ferma les yeux. Tentant de se retourner le moins possible, il lança son bras droit derrière lui, et à tâtons, il chercha sa veste. Sa main toucha d'abord le velours du fauteuil et il laissa échapper un juron. Ça faisait un mal de chien, et en plus, il n'était pas certain de tenir la position encore longtemps. Il bougea avec précaution son bras quand soudain, il fut saisi par un froid intense. Ça partait de sa main pour remonter jusqu'à son épaule. Pensant qu'il avait très certainement réveillé une nouvelle blessure, il tenta de ramener son membre devant lui pour l'inspecter. Mais son corps ne lui obéissait pas et il resta coincé, son bras entre les deux sièges avants. Ouvrant les yeux qu'il avait gardés clos pour se concentrer, il jeta un regard dans son rétro, espérant voir ce qui clochait avec sa personne. Ses prunelles grises s'agrandirent, sa bouche se déforma en une grimace obscène, mais aucun cri ne put sortir de sa gorge. Derrière lui, une silhouette, la même que celle qu'il avait aperçue plus tôt dans la soirée. Mais cette fois, il pouvait facilement distinguer son visage dissimulé jusque là dans la nuit. C'était un homme à la carrure imposantes et aux traits marqués par une vie difficile. Son nez était tordu, trahissant une vilaine fracture mal remise, sa mâchoire carrée et son menton volontaire. Assis tout près de lui, ses grands yeux bleus larmoyants, son père retenait de ses doigts tordu par l'arthrose son poignet.


     

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    - Pardon souffla-t-il


    Et Jack, ne comprenant pas ce qui était en train de se passer dans les restes de sa voiture, perdit connaissance tandis que la silhouette de l'homme se perdait à nouveau dans les ténèbres de la nuit. Ce n'est que lorsqu'il reprit ses esprits à l'hôpital, après deux jours de coma, qu'on lui annonça que la nuit de son accident, son père s'était suicidé d'une balle dans la tête. Il tenta de parler de cette étrange apparition au médecin qui s'occupait de lui, mais il ne le crut pas. Au vu de son état physique, le spécialiste lui expliqua qu'il n'avait certainement pas repris connaissance après le choc et que jamais il n'aurait pu esquisser un mouvement pour se sortir de sa voiture. Sa colonne vertébrale avait été touchée et il était peu probable qu'il puisse un jour être à nouveau une personne autonome.

     

     

     .

     


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    Perché sur son balcon, il scrutait les ténèbres, invisible aux yeux des mortels qui passaient. Il attendait généralement là, tapis dans l'obscurité des heures entières, en humant l'air à la recherche d'une proie avec laquelle s'amuser un peu. Cyal soupira doucement, peu habitué au vacarme qui faisait rage cette nuit là dans la rue. Des groupes d'adolescents, plus ou moins alcoolisés, riaient bruyamment tout en continuant leur chemin.Bien que ne se mêlant à la foule que très rarement, le démon connaissait les raisons d'une telle agitation. Il avait lu les pensées d'une jeune fille de seize ans, et celle-ci revenait d'un concert donné par les Bloody Fangs. Il s'agissait d'un groupe de rock originaire de Los Angeles et leur talent était reconnu dans tout le pays. Mais Cyal ne les connaissait pas, peu intéressé par les guitares saturées et la musique assourdissante. Il se massa doucement les tempes et il continua d'observer ces humains qui grouillaient, espérant peut-être trouver parmi eux une personne avec assez de potentiel pour en sculpter la mort.

     

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    Il resta là, immobile, sans se soucier de la fraîcheur de la nuit. Les groupes d'adolescents se succédaient toujours, mais ils commençaient à se faire moins nombreux et la rue retrouvait peu à peu son calme habituel. Cyal les observait, toujours à la recherche de son œuvre parfaite, mais il l'ennui s'immisçait lentement en lui. Tous ces jeunes qui défilaient n'avait rien de très original. Ils étaient tous plus ou moins identiques et il ne dégageaient aucune émotion particulière, si ce n'est cette euphorie due à la soirée qu'ils avaient passé avec leurs amis. Et ce n'était pas exploitable. Aucun d'eux ne dégageait ce petit quelque chose qui l'excitait tant. Aucun d'eux ne dégageait ce sentiment de perdition. Et aucun d'eux ne lui plaisait physiquement. Non, tous ces jeunes qui défilaient sous ces fenêtres étaient d'une pathétique ressemblance qui le lassait. Mais il ne bougea pas de son balcon pour autant. Après tout, il l'avait l'éternité devant lui et il aurait tout le temps nécessaire devant lui pour se divertir plus tard.
    Une brise légère s'était levée, agitant la longue crinière argentée du démon doucement. Cyal se crispa alors légèrement, le vent portant à ses narines une bien étrange odeur. Au milieu du parfum que dégageait les humains, il y avait celui de la Mort. Il tenta alors d'en localiser la source, faisant abstraction des rires gras un peu plus bas, et il se concentra de toutes ses forces. Mais il ne trouva pas l'origine de l'odeur. Il soupira et chassa une longue mèche de cheveux de son front. Si la Mort venait lui rendre une petite visite, il se devait de l'accueillir du mieux possible.

     


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    Cyal retourna dans sa chambre, et il jeta un regard noir au fantôme qui s'était installé dans le canapé. Assis sur les coussins couleur sang, Skoldasy attendait le retour de son maître, ayant une fois de plus désobéit à ses indications.

    - Que fais-tu là ! Rugit Cyal. Tu n'as pas le droit de te trouver ici.

    La jeune femme garda le silence, mais elle continuait de fixer le démon. Elle savait quelque chose que lui ignorait.

    - Pourquoi souris-tu ainsi ? Le Néant serait un endroit parfait pour toi, tu ne trouves pas ?

     

     

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    Elle ne fit pas attention à la remarque et elle se leva pour se rapprocher.

    - Vous l'avez senti, n'est-ce pas ?

    Elle passa une main au travers de ses longs cheveux d'argent avant de reprendre :

    - Les autres sont curieux de savoir à quoi la Mort ressemble. Allons-nous la rejoindre pour l'éternité ?

     

     

     


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    Le regard de Cyal se durcit et il éloigna brusquement la jeune femme.

    - Que sous-entends-tu ? Tu crois que le Faucheuse viendra sauver ton âme ? C'est elle qui a fait de moi ce que je suis, c'est elle qui m'a donné tous ces pouvoirs. Alors n'oublie jamais cette chose : ton âme est mienne, tout comme celles des mes autres œuvres.

     

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    Et il quitta la chambre pour disparaître dans l'obscurité des escaliers, laissant le fantôme seul et perdu. Tout ceci représentait son oeuvre, et personne ne pourrait venir saboter son travail. 

     

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    Il descendit les marches rapidement et il posa sa main sur la poignée de la porte d'entrée. Il était prêt a sortir, curieux de savoir si la Faucheuse elle-même lui rendait une petite visite. Mais tout au fond de lui, il savait que ce n'était pas le cas. L'odeur qu'il avait senti n'était pas aussi forte que celle de ses souvenirs et un détail subtil le perturbait. Il ne savait pas de quoi il s'agissait exactement, mais il voulait tout de même vérifier par lui-même l'identité de son visiteur.

     

     

     

     


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    Il tourna la poignée et sortit. Il resta un court moment immobile, savourant la douce brise du vent contre sa peau de marbre, avant de descendre les quelques marches du perron et de se mêler à la foule. La rue avait presque retrouvé son calme et le démon en fut soulagé : il lui serait bien plus facile de déterminer la source de ce parfum morbide sans tous ces humains autours de lui. Il s'avança au milieu de la route goudronnée, invisible aux yeux des autres, et il marqua une courte pause. La fragrance se faisait de plus en plus forte, et maintenant, il est était certain, elle était différente de ce qu'il avait senti deux cents ans auparavant. Aujourd'hui, l'odeur était plus discrète, moins écœurante. Et surtout, elle n'appartenait pas à la Mort elle-même. La créature qui rôdait pas très loin de sa maison n'était plus en vie, mais elle n'appartenait pas au royaume des morts pour autant. Il jeta un regard distrait aux jeunes gens qui passaient à ses côtés sans le voir, persuadé d'avoir déjà eu affaire à ce genre d'être surnaturel. Bien sur, Cyal n'était pas crédule : il savait que si on avait fait de lui un démon, il n'était certainement pas le seul à errer sur Terre. Mais il n'en avait jamais croisé d'autres au cours des rares fois où ils se mêlait aux humains. Pourtant la chose qui s'approchait n'avait rien du démon qu'il était, il en était persuadé.

     

    cross-over : 4

     

    L'arôme de la Mort se faisait désormais un peu plus présent et le démon tourna vaguement sur lui-même, balayant la rue du regard. La créature n'était plus très loin, il pouvait la sentir. Il s'avança un peu plus le long du trottoir, et il prit appui sur la barrière qui entourait sa propriété. Tentant de faire abstraction de tout ce qui l'entourait, il se concentra, cherchant à connaître les desseins que cet être étrange préparait. Mais il n'y avait rien. Ses pouvoirs ne pouvaient pénétrer ses sombres pensées et il soupira d'agacement. Son regard se reporta alors sur les humains qui passaient. Était-il parmi eux ? Pouvait-il si bien se confondre avec les Hommes au point de camoufler ses pensées ? Il se souvenait d'avoir déjà côtoyé un être similaire, mais tout était très flou dans sa mémoire. De sa vie humaine, il ne lui restait que quelques fragments qui s'estompaient de plus en plus au fil du temps. Aujourd'hui, il était démon et son humanité n'existait plus sans grand regret. Pourtant, en l'instant, il regrettait amèrement de ne pas avoir voulu conserver quelque part au fond de lui ce qu'il avait vu avant que la foule pathétique de Pleasant-Valley ne le pende. Là, tout au fond de lui, il savait qu'un prédateur tapis dans l'ombre l'observait. Et lui, impuissant face a cette menace, il se devait d'attendre, sans même savoir de quoi il s'agissait.

     


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