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    Les êtres humains sont des êtres naturellement sociables. Pourtant, certains préfèrent vivre en marge de la société, fuyant le plus possible tout contact avec les autres créatures de leur espèce. Ces êtres errent, tels des ombres, au milieu des vivants. Ils ne sont plus que les fantômes d'eux-mêmes, pleurant parfois les souvenirs d'une vie passée.
    Rien.
    Ils ne sont plus rien malgré ce qu'ils peuvent croire. Ils se cachent derrière des paroles pour se convaincre eux même de leur existence. Ils masquent leur véritable nature par des actes irraisonnés, et la seule chose qui leur permet de tenir bon, c'est leur volonté. Or la volonté ne fait pas d'eux des êtres plus forts et il suffit d'un petit rien pour que leur semblant de monde s'effondre.

     

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    Son corps nu était allongé juste à ses côtés, et elle ne pouvait en détacher les yeux. Eden était là, à quelques centimètres d'elle, et il dormait paisiblement. Son visage reflétait un air serein, malgré toutes les plaies sanguinolentes qui le défiguraient. Abigail avança prudemment sa main pour toucher ce corps inerte, mais elle se ravisa, préférant chasser une mèche brune de son front. Lorsqu'elle avait enfin décidé de redevenir elle-même, Eden avait été là pour la soutenir. Il ne lui avait posé aucune question, il n'avait dit aucun mot réconfortant. Il avait été proche d'elle, essayant d'arranger tant bien que mal ses cheveux coupés grossièrement, et il avait acquiescé silencieusement quand elle lui avait demandé de lui acheter une boite de coloration pour camoufler son horrible tignasse blonde. Tout être sensé aurait tenté de comprendre la raison de son acte, mais pas lui. Et pour ça, elle lui était reconnaissante.

    Abigail s'approcha finalement d'Eden et elle cala, le plus doucement possible, son bras sur son torse. La douce chaleur de son corps la rassura un peu et elle décida de fermer les yeux. Il était revenu, elle n'était plus seule désormais, et c'était tout ce qui lui importait.

     


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    Lorsqu'elle se réveilla, le soleil ne s'était pas encore levé et la chambre baignait dans la douce obscurité. Abigail se redressa doucement, la gorge sèche, et elle jeta un rapide coup d’œil à Eden. Il ne lui était pas aisé de distinguer correctement les détails de la chambre, mais elle pouvait facilement deviner qu'il lui tournait le dos, et sa respiration lente et régulière lui indiquait qu'il dormait encore. Sans faire le moindre bruit, la jeune fille quitta le lit et elle se dirigea vers la salle de bain pour remettre la main sur son pyjama et boire un peu d'eau. Lorsque enfin elle fut habillée, elle s'installa sur le canapé du salon, hésitant à retourner se coucher. En proie à un bien étrange malaise, le sommeil l'avait alors désertée. Quelque part, tout au fond d'elle même, quelque chose venait de se briser et elle avait pris conscience subitement de sa condition.

     

    Tu n'existes plus

     

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    Ce soir, elle avait fait l'amour pour la toute première fois. Ça n'avait rien eu d'extraordinaire, et elle n'était pas non plus certaine d'avoir envie de recommencer de si tôt. Mais ce n'était pas ce détail qui l'avait autant perturbée. Non, si ce soir elle s'était offerte à un homme dont elle ne connaissait presque rien, c'était tout simplement pour se prouver qu'elle n'était pas seule au monde. Pour partager un peu de réconfort et faire semblant d'exister. Pourtant, elle serait seule éternellement. Même plongée en pleine foule. Une fois qu'on est brisé, plus rien ne peut changer.

    Elle serait proche d'Eden, mais jamais assez pour se débarrasser définitivement de ses fantômes.

     


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    Abigail se leva du canapé, et elle se planta devant la fenêtre. Derrière les hauts immeubles de la ville, elle pouvait percevoir quelques reflets rouges dans le ciel, le soleil se levant enfin. Elle soupira d'agacement. Dehors, les gens allaient reprendre leur vie là où il l'avaient arrêtée pour la nuit. Ils allaient rire ou pleurer, ils allaient s'aimer ou se disputer. Ils allaient vivre. Mais pas elle. Pour Abigail, le temps avait cessé sa course folle et elle avait rejoint le royaume des ombres. Comme elle les enviait tous ! Rageusement, elle se dirigea vers la salle de bain, bien décidée à changer la donne. Le jour se levait, et elle se devait d'en profiter.

     

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    La jeune fille se passa un peu d'eau fraîche sur le visage et elle s'habilla rapidement. Jetant un rapide coup d’œil dans le miroir, elle grimaça face à son reflet. Ses cheveux étaient en bataille, elle avait le teint blafard, et elle en venait même à regretter de ne pas avoir pris ses produits de beauté avec elle pour sa fugue. Mais finalement, elle n'en avait pas réellement besoin, puisque tout ce qu'elle souhaitait en l'instant, c'était de sentir la fraîcheur du matin contre sa peau.

     


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    Lorsqu'elle sortit de la salle de bain, un étrange malaise la saisit. Elle ne savait pas ce que c'était exactement, mais son cœur venait de s'emballer. Pourtant rien n'était différent. Elle s'avança vers la chambre et elle ouvrit prudemment la porte. Eden dormait toujours. Elle allait faire demi-tour quand elle remarqua qu'un morceau de papier avait glissé sous le lit. Ça avait la même taille que … Abigail enfonça ses mains dans les poches de son jeans. C'était vide. Comment cette photo avait pu atterrir là-dessous ? Elle soupira discrètement, ne cherchant pas vraiment à connaître la réponse, et elle ramassa son bien. Elle l'observa un court moment, soulagée de l'avoir retrouvé avant même de s'être aperçu de sa disparition.

     

     

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    Abigail.

     

    Mattie.

     

    Maman et … Papa ?




    Fin de maj.

     


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  • Rachel

     

    1. Rachel

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