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    Je ne rêve que de ce sillon vermeille marqué dans ma chair. Je ne rêve que de cette douleur physique, celle que je désire et que je contrôle, celle qui prendra le pas sur mes pensées. Mais même dans un tel geste, qui pourrait oser dire qu'il me comprend ? Mon esprit est embrouillé, il est faible. Il est voué à l'échec. Je ne corresponds à aucun des modèles que l'on attend de moi. Je suis lunatique, je fais peur, je suis névrosée, je crains ceux qui m'entourent. Je suis faible. Je suis laide. J'arbore mes cicatrices, j'affronte le regard des autres. On s'interroge sur ma personne : mais qui suis-je réellement ? Je ne le sais pas moi-même. Je ne suis rien. Oui, c'est sûrement ça. Rien. Je ne suis rien. Rien. Rien. Pas le vide, non, juste rien. Un corps, une erreur ? J'aurais dû fuir, loin. Seule. Juste seule ...

     

     

    La douleur du vide, hiver 2012


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    Les quelques nuages qui envahissaient le ciel s'étaient complètement volatilisés, laissant la douceur du soleil mordre sa peau pâle. Une petite brise agitait les mèches brunes de ses cheveux, et machinalement, Abigail les chassa en arrière. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle errait ainsi dans les rues, et peu lui importait. Perdue au milieu des inconnus foulant le pavé à ses côtés, elle n'était plus qu'une ombre.

    Elle poursuivit sa course insensée un moment encore, et ce n'est que lorsque son ventre émit un grondement sourd qu'elle s'arrêta enfin. Ne sachant pas l'endroit précis où elle se trouvait, elle repéra malgré tout la devanture d'un petit café de quartier et elle s'y risqua.

     

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    Il était encore tôt pour un goûter, mais déjà quelques habitués étaient attablés à siroter un café. Aucun d'eux ne lui prêta un regard et elle alla s'installer au fond de l'établissement, sur une vieille banquette au tissu usé. Ce n'est que la serveuse, dissimulée derrière son comptoir, qui lui accorda de l'attention. Quasiment invisible derrière sa caisse enregistreuse, elle l'observait de ses prunelles d'un noir profond. Abigail l'ignora, fourrant la main dans les poches de son jeans à la recherche d'un peu de monnaie. Étalant devant elle toute sa fortune, elle réussissait à atteindre les dix dollars. Avec ça, elle avait assez pour se remplir le ventre pour la journée. Et le lendemain ? Elle chassa cette pensée du revers de la main. Y aurait-il encore un lendemain pour elle ? Si c'était le cas, elle improviserait ? Après-tout, elle avait très bien survécu jusque là.

     

     

    (mattez moi ce fu**in' décor. J'y ai passé des heures car j'arrivais pas à reproduire ce que j'avais en tête Y__Y)


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    La serveuse déposa devant elle une tasse de café bien chaud ainsi qu'un pain au chocolat. Le parfum qui se dégageait de la viennoiserie lui avait ouvert encore un peu plus l'appétit, et elle n'attendit même pas que la femme eut tourné les talons pour mordre dedans à pleine dents. La serveuse, qui frôlait la cinquantaine, lui lança un clin d’œil complice avant de disparaître à nouveau derrière son comptoir. Visiblement, des ados fauchés, elle en avait assez vu pour les reconnaître au premier coup d'oeil.

    Savourant son café, elle était perdue dans ses pensées. L'idée de vengeance ne l'avait pas quittée depuis son réveil, et même après quelques heures, elle restait bien ancrée dans son esprit. Même si son esprit tentait encore de lui faire entendre raison, son cœur, quant à lui, lui hurlait que son père devait payer pour tout ce qu'il avait fait. Pour tout ce mal qu'il avait fait à sa mère. À elle. Et à Mattie. Aujourd'hui, Mattie devrait être une petite fille âgée de presque 8 ans. Elle devrait se chamailler avec sa sœur pour des broutilles, jouer encore avec ses poupées. Se déguiser. Elle devrait être une enfant pleine de vie et joyeuse. Mais Mattie n'aurait jamais ses huit ans, et Abigail n'arrivait à conserver d'elle que le souvenir d'une énorme flaque de sang. Mathilde était morte depuis des années maintenant, et pourtant, elle ne cessait jamais de penser à elle.

     

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    Quant à sa mère, même si son père ne l'avait pas directement tuée, elle était intimement convaincue qu'il était responsable de sa maladie. Abigail ne savait pas de quoi il en retournait exactement -elle ne comprenait pas tout le jargon médical- mais elle se souvenait que sa mère était très fatiguée. Parfois, la douleur était si forte qu'elle refusait même de quitter son lit. Alors dans ces moments, Abigail n'allait pas à l'école et elle s'occupait de toutes les tâches ménagères. Elle cuisinait, elle récurait, repassait et pliait le linge. Et bien sûr, elle faisait en sorte que la colère de son père ne s'abatte pas sur elle. Ce ne fut que lorsque ses absences scolaires furent trop nombreuses pour être justifiées, qu'on plaça sa mère en clinique. En repensant à cette époque, le cœur d'Abby se serra. La clinique, qui acceptait de la prendre en charge contre une somme généreuse, ne l'avait accueillie que sept jours. Une pauvre, une misérable, semaine. Au milieu de tous ces malades, loin de sa fille, elle avait préféré fuir de l'institut, ne laissant aucune trace possible pour qu'on puisse un jour la retrouver. Elle était partie, avec pour seul et unique bagage son sac à main et quelques malheureux dollars. Abby l'imaginait monter dans un taxi, se fichant de la destination du moment qu'elle était loin de tout ça. Ainsi, elle s'était volatiliser, laissant sa fille aînée seule avec son père.

    Au départ, Abigail lui en avait voulu. Trop jeune pour comprendre ce geste désespéré, elle pensait avoir été abandonnée par le seul être au monde encore capable de l'aimer. Mais aujourd'hui, avec cette haine naissante, sa vision des choses s'était pervertie, ce n'était plus le cas. Aujourd'hui encore, elle était incapable de saisir l'intégralité de de la portée de son acte, mais elle savait que si sa mère était partie, c'était pour une raison valable. Maintenant, sa mère n'était plus qu'une entité à qui elle s'adressait parfois, et là, tout au fond d'elle, elle savait qu'elle avait rejoint Mathilde parmi les anges.


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    Elle avala une gorgée de café brûlant avant de se lever. D'un pas hésitant, elle se dirigea à pas de velours vers le comptoir où tout un tas de délices sucrés étaient exposés dans des vitrines. Si elle voulait avancer dans ce monde, elle devait se résoudre à faire des choix et à prendre son destin en main.

     - Excusez-moi, lança-t-elle timidement à la serveuse


    La femme releva les yeux de sa pile de vaisselle et lui sourit. Il ne s'agissait pas d'un de ces sourires forcés que l'on vend à la clientèle, non, il s'agissait d'un vrai sourire. D'un de ces sourires qui vous réchauffe un peu le cœur, empli de bienveillance et chaleureux.


    - Oui mon petit chat ? Lui répondit-elle d'une voix douce


    Abigail hésitait désormais à poursuivre sa démarche. Le peu de temps qu'elle avait passé dans la rue l'avait déjà changée, pourtant, elle avait toujours autant de mal à demander de l'aide à quelqu'un. On lui avait appris à se débrouiller seule, mais nous avons parfois besoin des autres pour avancer …


    - Hum … elle se racla la gorge doucement. J'aurais voulu savoir si vous aviez besoin d'un peu d'aide. Enfin … je ne sais pas, peut-être en cuisine ou en salle.


    À peine eut-elle terminé sa phrase que le regard de la femme se voila. L'adolescente baissa les yeux, honteuse, et se mordit nerveusement la lèvre. Il fallait absolument qu'elle gagne un peu d'argent si elle voulait se venger et pouvoir vivre libre.

     

     

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    - Il me faut un travail, souffla-t-elle à peine audible. Je m'en fiche de ce que vous pouvez me faire faire, mais … Elle pris une profonde inspiration et enchaîna d'une toute petite voix. Mais je n'ai plus rien …


    Elle termina sa phrase en regardant ses mains. Le rouge lui montait peu à peu aux joues, honteuse de dévoiler ainsi sa situation précaire à une parfaite inconnue. Mais au lieu de lui rire au nez, la serveuse lui adressa un petit signe de la main avant de disparaître par la porte qui menait aux cuisines. Abigail, seule au milieu des autres clients, se sentait vraiment mal à l'aise. Elle se trouvait stupide d'avoir ainsi parlé et elle en venait presque à regretter sa demande. Avec la chance qu'elle avait, l'employée allait sûrement prévenir la police qu'une ado fugueuse avait trouvé refuge dans son petit café. Et malgré ses seize ans, aucune personne sensée ne la laisserait encore longtemps vagabonder seule dans la rue

     


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  • Riki Le Sombre et Mindy

     

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