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    - On fait quoi alors ? Questionna Jack, impatient

    Simon se pinça l'arête du nez et garda le silence un instant avant de finalement répondre :

    - On peut déjà commencer par faire un tour des lieux tous les deux, histoire de se repérer un peu, et ensuite, selon ce qu'on trouvera, on improvisera.

     

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    Improviser, c'était ça le problème. Jack n'aimait pas improviser lors d'une enquête. Soucieux de vouloir récolter le plus de preuves possible de l'existence de la vie après la mort – et de qualité, s'il vous plaît- il passait généralement des heures entières à étudier les témoignages d'inconnus, les résultats des précédentes enquêtes menées par des groupes différents, et à mettre au point un plan d'attaque. Mais ici, dans cette maison, il n'avait eu aucun support pour réellement se préparer. Rien qui ne puisse lui donner une piste à suivre. Rien, sauf les pouvoirs de Simon.


    Un médium est une personne sensible aux phénomènes échappant généralement aux cinq sens de l'être humain Il voit ce que les autres ne peuvent voir, ressent ce que les autres ne peuvent ressentir et on dit d'eux qu'ils sont capable de communiquer avec l'au-delà. On les retrouve dans bien des domaines, mais ils ont très souvent mauvaise réputation à cause d'un trop grand nombre de charlatans. Sans compter le scepticisme dont beaucoup d'individus font preuve. Alors les médiums préfèrent bien souvent garder jalousement leur pouvoirs pour éviter les ennuis. A trop se faire traiter de fou, ne finit-on pas par le devenir ?


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    Simon avait toujours vu les morts, d'aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, mais il n'avait pas tout le temps assumer ce don. Lorsqu'il rencontra Jack, il était loin d'être la personne calme et posée que l'on connaissait.

     

    Leur première rencontre s'était faite à l'hôpital. Jack, qui avait passé plus d'une heure entre les mains d'un kiné à qui la douceur faisait grandement défaut, avait décidé de souffler un peu en fumant une cigarette sur un balcon, loin de tout le brouhaha habituel de l'accueil et des regards indiscrets.

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    Il était seul, sa clope au bec, lorsqu'un parfait inconnu le rejoignit. Jack lui lança un regard en coin – il n'avait pas le droit de fumer à cause de ses médicaments et n'avait pas très envie de se faire sermonner par un infirmier- avant de retourner à la contemplation du parking en contre-bas. C'était un patient qui avait l'air tout aussi paumé que lui. Un petit nouveau à qui l'enfermement ne réussissait pas. En même temps, il fallait avouer que l'enfermement ne réussissait à personne et le délicat parfum de l'antiseptique ne rendait pas la chose plus facile à supporter.

    - Excuse-moi, t'aurais pas une cigarette ? Lui lança l'individu

    Jack tourna lascivement la tête vers lui et le détailla de haut en bas. Il était grand avec de longs cheveux d'ébènes retombant librement sur ses épaules. Son visage, fin, était creusé au niveau des joues tandis que d'énormes cernes se dessinaient sous ses yeux noirs. Il se tenait là, tout proche de son fauteuil roulant, accoudé au balcon d'une manière bancale. Et tout son être tremblait. Sous son regard insistant, Jack lui lança son paquet.

     


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    - Tiens, sers toi. Mais j'suis pas un distributeur automatique. Il marqua une pause. Ici, c'est un peu comme la taule. Si tu veux fumer, t'as intérêt à avoir quelqu'un pour te ramener des clopes. Et ne pas te faire caler par un infirmier. Sinon, on t'emmerde parce qu'il y a un « effet d'interaction » avec les traitements et tout le bordel.

    L'inconnu hocha la tête et lui rendit son paquet de Chesterfield.

     

    - T'en fais pas pour la clope, la prochaine fois qu'on se croise, c'est moi qui offre. Contrairement à toi, j'ai le droit de fumer lui répondit-il avec un petit sourire. Le seul truc qui m'pose problème, c'est que je ne peux pas sortir ...

    Son regard se perdit dans le lointain et Jack se demanda sur quel genre d’énergumène il était tombé.

     

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    - Tu sais, le principe d'un hôpital, c'est de te garder enfermer.

    Sur cette dernière phrase, il lança son mégot par dessus la rambarde, peu lui importait qui se trouvait en dessous, et il regagna sa chambre. Cela faisait exactement quatre mois que son accident de voiture avait eu lieu et qu'il occupait une chambre à l'Hôpital Saint-Ange.


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    Le temps passait lentement, les journées se succédant dans une monotonie affligeante. Mais Jack avait trouvé de quoi meubler un peu son emploi du temps : il retrouvait Simon tous les jours, à la même heure et sur le même balcon pour fumer tranquillement. Jack n'appréciait guère les contacts humains, mais il devait avouer que passer un peu de temps en compagnie d'une personne qui ne le prenait pas encore pour un « con » était agréable et lui faisait supporter un peu plus facilement les longues journées qu'il passait seul dans sa chambre. Et puis Simon, qu'il avait d'abord pris pour un allumé parmi tant d'autres s'était révélé être quelqu'un de très intéressant. Pas comme lui qui ne faisait qu'aboyer après tout le monde et qui n'avait aucune excuse pour expliquer son comportement odieux.


    Simon s'était fait hospitaliser de son plein gré pour régler définitivement un problème d'alcoolisme. Mais il n'était pas vraiment convaincu après toutes ses tentatives infructueuses. Jack l'avait écouté, ne lui posant presque aucune question. Il ne connaissait de Simon que ce que ce dernier avait bien voulu lui dévoiler de sa personne. Autrement dit, pas grand chose si ce n'était que sa nouvelle petite-amie, Amanda, lui avait donné un peu de courage pour sa cure.

     

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    Et puis un jour, le déclic se fit. Ce jour là, le ciel s'annonçait maussade et un orage se faisait entendre dans le lointain. Les rumeurs dans les couloirs s'étaient tues, l'ambiance se voulait propice aux confidences.

    - Tu vas me vraiment me prendre pour un dingue lâcha Simon d'une toute petite voix. Tu vas me prendre pour un dingue, comme tous les autres.

    Jack se rapprocha de lui.

    - Je sais que je suis un peu plus con que la moyenne, que j'ai un caractère difficile, mais j'ai la présence d'esprit de ne pas juger les gens.

    Le jeune homme afficha une expression grave et pris une profonde inspiration. Que pouvait-il bien lui cacher de si important ?

    - Jack, ta mère … Elle est là.


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    Le visage de Jack se durcit à l'entente de ces mots. Sa mère était un sujet sensible et il ne tolérait pas qu'on lui en parle. Et Simon le savait pertinemment puisqu'il lui avait récemment avoué que son décès était la cause indirecte de son accident de voiture.

    - Te fous pas de moi. C'est pas parce que je suis en fauteuil que je ne peux pas te casser la gueule si tu continues à raconter des telles conneries.

    Simon, visiblement blessé, poursuivit néanmoins.

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    - Je ne te mens pas. Elle est toujours là, avec toi, elle ne te quitte jamais. Elle est jeune, une trentaine d'années peut-être, et tu lui ressembles beaucoup. Elle a de longs cheveux châtains nattés ainsi qu'un collier au cou.

    Jack fronça les sourcils, mais n'ajouta rien, se demandant si tout cela n'était qu'une mauvaise plaisanterie.

    - Elle veut te dire qu'elle est désolée de t'avoir abandonné si jeune et elle est vraiment affligée de te voir dans cet état. Elle sait que rester enfermé est dur pour toi, mais elle sait aussi que tu guériras. Elle t'aime, elle ne cesse de le répéter. Elle t'aime et elle veillera toujours sur toi.

    - C'est pas parce que je t'ai dit que je m'étais crashé en voiture à cause d'une hallucination que tu dois essayer de me faire avaler n'importe quoi, lui répondit-il sur un ton excédé.

    - C'est pas n'importe quoi. Elle est morte d'un cancer quand tu avais 15 ans et ton père s'est suicidé neuf ans après car il n'arrivait plus à vivre sans elle. Le collier qu'elle porte est un papillon et c'est le dernier cadeau de fête des mères que tu as pu lui offrir.

    -Comment tu sais ça ?! Gronda Jack, les dents serrées par la rage et la douleur.

    - C'est elle qui me l'a dit. Je ne te mens pas Jack. Cette nuit où tu as fait une sortie de route, ton père était vraiment avec toi. Tu n'as pas rêvé murmura Simon, la voix tremblante.


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