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    Elle grimpa lascivement l'escalier étroit et elle ne prit même pas la peine d'allumer la lumière pour regagner sa chambre. L'endroit où elle vivait n'était pas très grand mais lui suffisait amplement pour elle seule. Un long couloir sombre divisait l'étage en deux et la seule source de lumière venait d'une minuscule fenêtre donnant sur une cours fermée. D'un pas fatiguée, elle dépassa l'appartement attenant au sien où une raie de lumière filtrait sous la porte. Martin lui avait dit que son voisin était un jeune homme guère plus vieux qu'elle et que, techniquement, il ne lui poserait aucun souci puisqu'il ne passait que très peu de temps chez lui. Et il avait raison : depuis qu'elle avait emménagé, jamais elle ne l'avait croisé, à croire qu'il se faufilait par les toits pour sortir. Lorsqu'elle avait tenté d'interroger Martin et les autres employés de l'établissement, même Heather, on lui avait simplement répondu qu'il avait une vie plutôt bien remplie. Alors ce soir, à cette heure si tardive, Abigail était surprise de le savoir chez lui, lui qui d'habitude s'échappait la nuit. L'espace d'un instant elle suspendit sa marche, hésitant à aller toquer chez lui pour se présenter (la curiosité est un bien vilain défaut), mais elle se ravisa. Il était un peu tard pour déranger un parfait inconnu.

     

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    Regagnant son appartement qu'elle ne verrouillait même pas, elle appuya machinalement sur l'interrupteur à côté de la porte. L'ampoule au plafond clignota faiblement avant que la pièce ne soit baignée par une lumière blafarde. Sa chambre, composée d'un lit, d'une commode et d'un petit coin cuisine, lui suffisait largement. Elle était loin du luxe dans lequel elle avait vécu, mais ça lui convenait très bien.

     

    Elle s'approcha de l'unique fenêtre et elle risqua un coup d’œil à l'extérieur avant de tirer le rideau. Même si personne ne la retrouverait ici, elle préférait malgré tout s'assurer que la rue était vide. Puis elle défit les lacets de ses baskets et laissa glisser son jeans le long de ses jambes filiformes. Elle regarda les cicatrices qui zébraient ses cuisses et doucement, elle en suivit une de son index. Celle-là, elle était récente. Son tracé était fin, la plaie précise et peu profonde. Machinalement, elle gratta la croûte qui s'était formée et elle regarda avec intérêt la goutte de sang se former sur sa peau avant de ruisseler jusqu'à son genou. Alors seulement elle attrapa un mouchoir et alla s’asseoir sur le rebord de son lit. En un soupir, elle retira son t-shirt et elle s'allongea, à moitié nue, au dessus de la couette.

     

     


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    Coma White by Marilyn Manson on Grooveshark

     

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    Elle avait mal. Même si son corps ne souffrait plus des coups de son père, son cœur lui, était à vif. Son esprit ne la laissait jamais en paix et c'était sûrement pour fuir toute réflexion qu'elle travaillait avec autant de détermination. Pour ne plus penser. Mais ce soir, et ce malgré les heures supplémentaires qu'elle avait effectuées, elle n'arrivait pas à oublier. Elle se sentait mal et elle en ignorait la cause. Elle se sentait vide et c'était ce vide qui gangrenait peu à peu tout son être.
    Existait-elle seulement ?

     

    There is something cold and blank behind her smile

     

    Dieu qu'elle détestait se sentir si impuissante. Elle se retourna sur le ventre et enfouit sa tête dans l'oreiller moelleux. Si seulement elle pouvait échapper à tous ces souvenirs. Ou s'étouffer dans ce vulgaire morceau de tissu. A cette idée elle retint sa respiration, mais elle abandonna rapidement. Non, ce n'était pas ça qu'elle voulait. Finalement, elle se pencha pour attraper quelque chose sous le lit.

     

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    Lorsqu'elle se redressa, elle tenait dans sa main un petit paquet. Rangées avec soin dans un grand mouchoir, se trouvaient une lame de rasoir, acérée, ainsi que quelques compresses stériles. Minutieusement, elle nettoya la lame au reflet morbide sans oublier sa peau délicate. La lame s'enfonça dans la chair tendre de sa cuisse, la déchirant lentement. Très lentement. C'était dans un mélange de sang et de larmes qu'elle pouvait trouver, temporairement, la paix.

     


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    A son réveil les larmes avaient séché, lui laissant un goût salé sur ses lèvres. Elle se redressa difficilement sur ses coudes et jeta un coup d’œil à la chambre. La pièce baignait dans les rayons d'un soleil matinal, il était presque cinq heure. Son regard gris se porta ensuite sur la compresse maculée de sang ainsi que sur la lame qui reposait à ses côtés. Sur sa cuisse, la plaie rougeoyait tel un sourire qui la narguait. Le sang avait coagulé, mais l'entaille, assez profonde, était encore à vif. Elle aurait sûrement eu besoin de sutures, mais elle s'en fichait. Tant que la douleur de plaie se ferait sentir, elle irait bien.

     

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    Pour beaucoup, la scarification est une abomination. Comment peut-on volontairement se faire du mal ? Comment peut-on manquer d'autant de respect à notre corps ? Ceux qui ont ce genre de pensées n'ont jamais connu ce vide, cette douleur impossible à exprimer. A identifier. Parce qu'au final, ce n'est pas simplement faire couler le sang. Non, c'est en réalité rendre plus supportable un autre genre de supplice. Calmer la douleur par la douleur, quel étrange paradoxe, n'est-ce pas ? Mais cela fonctionne à merveille pourtant, même si ce n'est que pour un temps. Mais pour bien d'entre nous, l'éphémère est parfois suffisant.

     

    Abigail se scarifiait depuis longtemps. Au début, elle soignait avec attention les blessures infligées par son père, appliquant divers onguents et crèmes pour atténuer son mal. Mais la douleur que l'on s'afflige volontairement est d'un tout autre tenant. Il s'agit de dépasser ses limites. Toujours plus loin, toujours plus fort. La Mort ? L'adolescente regarda avec intérêt cette nouvelle plaie, profonde et régulière. C'était joli pour un tel acte, bien tracé, fin et rectiligne sur une bonne dizaine de centimètres. Voir son sang ruisseler, emportant avec lui tous ses maux et ce vide en elle, voilà ce que la scarification lui apportait. Était-ce là le début de sa folie ou simplement la suite de son œuvre ?

     

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    Elle secoua d'un geste las sa tête, agitant ses mèches brunes hirsutes, et sans prendre la peine de s'habiller un minimum, elle quitta sa chambre. À pas de velours elle traversa le couloir, prenant garde de ne faire craquer aucune lame du vieux parquet (ce serait embêtant de tomber nez à nez avec le voisin), et elle s'engouffra dans la pièce exiguë qu'était la salle de bain. L'espace d'un instant, son regard éteint croisa celui de son reflet dans le vieux miroir tâché de rouille. La nuit avait été courte et ça se voyait : ses yeux gris, cernés, étaient gonflés, son teint blafard. Elle dormait peu, et quand enfin elle arrivait à fermer l’œil, elle dormait mal. Car c'était dans le monde des songes que ses pires cauchemars prenaient vie. Sa vie avait peut-être pris un tournant différent, elle avait enfin réussi à échapper à ce père meurtrier, mais son pire démon n'était autre qu'elle-même. Et c'était contre elle-même qu'elle devait mener sa plus grande bataille …

     

     

     

    A pill to make you numb
    A pill to make you dumb
    A pill to make you anyboddy else
    But all the drugs in this world won't save her from herself

     

     

     

     

     

     

     

     

    Voilà enfin la maj, en espérant ne pas trop vous avoir largué. Bref, on sait un peu plus comment Abby fonctionne, et la pauvre, c'est pas joyeux. Alors finalement, on est en droit de se demander :  Cyal, il est réel ou pas ?
    Coma White est une chanson magnifique (je vous conseille de voir le clip en passant) et je tenais absolument à m'en servir. Tant pis pour ceux qui ne supportent pas Manson.

     

    Quoi qu'il en soit, certains le savent peut-être, la fin de DBE est proche désormais. L'histoire ne me tient plus autant à coeur qu'avant, peut-être car j'ai enfin pu me détacher de mes propres démons. Tout ce que je sais, c'est que j'ai envie de tourner la page et de repartir sur du neuf. Ne vous en faites pas, il y aura une fin, et pour les détails qui manqueraient, je vous invite à vous rendre sur Enquête 18. Et pour celles qui vont regretter Cyal, la suite de DBE lui sera entièrement consacrée.

     

    N'oubliez pas de commenter (ras le pompon des fantômes ... vous êtes démotivant) et de vous inscrire à la NL (menu en bas à gauche).

    A bientôt !

     


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