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    Il avança dans le couloir sombre, sa lampe oubliée dans la chambre d'enfant (la lumière blafarde de la lune lui suffisait amplement pour se diriger) et il n'avait pas peur des ombres déformées que celle-ci projetait sur les murs décrépis. Après tout, ce n'était que des ombres, rien de plus. Le plus dangereux ne se terrait pas dans les ténèbres, et seules ces prunelles ardentes trahiraient sa présence.

     

    Il n'aimait pourtant pas les entités démoniaques, et ce n'était pas non plus son genre de les provoquer. Cependant ce soir, son instinct de survie s'était tu, et il partait à la recherche du démon qui hantait ces lieux. C'était étrange, quand même, ce revirement de situation, il en avait bien conscience – en tant que père de famille, il jouait la sécurité – mais il n'arrivait pas à inhiber cette pulsion. Il avait aperçu la créature, cet être intemporel, et ce n'était pas assez. Il en voulait plus ! Il voulait …

     

    Sa pensée se stoppa nette. Le calme de la maison n'était plus. Un murmure, à peine audible, lui parvenait faiblement aux oreilles. Il crut tout d'abord que le son émanait de son talkie-walkie et il attrapa l'appareil pour répondre à Jack. Mais il l'avait coupé. Sans batterie, l'appareil ne servait à rien.

     

     

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    - Jack ? Tenta-t-il


    Mais seul ce murmure lui répondit. Il se concentra, pinçant l'arête de son nez entre son pouce et son index. Est-ce que cette voix venait de la maison ? Après tout, vu l'isolation, et les fenêtres brisées, peut-être entendait-il tout simplement les voisins en pleine conversation … Mais il était tard. Bien trop tard. La ville entière dormait déjà.


    - Jack ? Essaya-t-il de nouveau, un peu plus fort cette fois-ci.


    Aucune réponse. Jack ne pouvait l'entendre de là où il se trouvait, donc il n'y avait que peu de chance que ce soit son cas aussi, si son ami continuait à enregistrer ses PVE. Autrement dit, même si Jack se payait une bonne tranche avec un revenant, il n'aurait pas pu entendre un traître mot de la discussion.

    Il tendit un peu plus l'oreille. Les mots, incompréhensibles, était trop faibles. Trop feutrés, comme étouffés. Mais il en avait la certitude, ils venaient bel et bien de l'étage. Il traversa le petit couloir, à l'écoute du moindre bruit suspect. Il se risque même à pousser les portes closes. Mais rien. C'était le néant. La voix avait disparu. Il soupira. Il avait peut-être rêvé. L'endroit l'avait changé, et la fatigue aidant, il avait probablement imaginé le tout. Ah, le pouvoir de l'esprit …

     

     

     

     


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    Un peu déçu, il regagna la chambre d'enfant où le démon lui était apparu, pour au moins récupérer sa torche. Il avait repéré, dans une des pièces ravagées de l'étage, une vieille bibliothèque et il avait bien envie de jeter un coup d’œil à son contenu. Jack n'était pas le seul curieux après tout. Il longea le couloir en sens inverse, ses bottes écrasant lourdement le parquet vermoulu depuis des années. Il lâcha un juron. Cette baraque ne tiendrait bientôt plus debout si ce fichu démon ne se décidait pas à faire un brin de rénovation un de ces jours.

    Perdu dans sa frustration naissante, il n'avait pas remarqué un détail : lorsqu'il avait quitté la pièce, il avait laissé la porte grande ouverte. Or désormais, celle-ci était close. Mais le pire n'était pas là. Si Simon avait était un plus attentif à son environnement, il l'aurait remarqué. L'atmosphère, oppressante maintenant, avait changé. Il faisait plus froid, et la luminosité de l'étage s'était améliorée. Il distinguait plus facilement les détritus sur le sol, un peu comme si un gros nuage, qui obstruait la pâleur de la pleine lune, venait de se dissiper.

     

     

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    Mais ce n'était pas tout. Il s'avança jusqu'à la porte, et alors qu'il posait sa main sur la poignée, il s'arrêta. La voix avait recommencé son laïus, mais cette fois-ci, les mots lui semblait plus compréhensibles. Et enfin, il comprit que le monde dans lequel il évoluait s'était transformé. À ses pieds une fine raie de lumière filtrait sous un mur rongé par la moisissure. Il y avait quelqu'un dans la chambre. Il avait voulu provoquer le démon, il avait ce qu'il cherchait …


    Sa main en suspend, désormais, il hésitait à entrer. Ne sachant pas ce qui l'attendait de l'autre côté, et vu la puissance de l'entité qui vivait là, il avait peur. Un peur viscérale, comme il n'en avait pas ressenti depuis de très longues années …


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    Le silence régnait, perturbé uniquement par sa respiration lente et régulière. Simon, âgé de onze ans, dormait paisiblement dans sa chambre d'enfant. Ses dons de médium, bien présents malgré son jeune âge, était annihilés par les puissants médicaments administrés par son psychiatre. Il fallait avouer qu'avec les anxiolytiques qu'il devait avaler tous les jours, et tout un tas d'autres drogues dont il ne connaissait pas les « noms scientifiques », il semblait être ailleurs une grande partie du temps, et il était toujours très fatigué. Mais le traitement fonctionnait ! Les fantômes étaient toujours là, mais leur substance paraissait plus aérienne, moins présente. Ils ne se matérialisaient plus que quelques secondes, comme une vague ombre visible uniquement du coin de l'oeil. Et surtout, ils ne parlaient plus. Ou du moins, il ne les entendait plus. Il ne savait pas vraiment si cela lui plaisait ou non – il avait grandi avec cette étrange capacité – mais comme ses parents souriaient plus souvent en sa présence, et lui accordaient plus de leur temps précieux, il était content.

     

     

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    Cette nuit de juillet, il dormait d'un de ces sommeil sans rêves, assommé par son ordonnance, quand un bruit sec le tira des bras de Morphée. Encore confus par la fatigue, il ouvrit difficilement un œil. Sa gorge était terriblement sèche, il avait très soif, et il se redressa au milieu de son lit. À tâtons, il chercha l'interrupteur de sa lampe de chevet (il n'avait pas vraiment peur du noir, mais le calme de la maison, associé à l'obscurité, ne le mettait pas très à l'aise) et quand enfin il le trouva, il pressa le bouton. Il ferma les yeux, en prévention contre cette lumière aveuglante qui lui brûlerait la rétine, mais rien ne se produisit. Il recommença. Encore. Encore. Et encore. Il ouvrit les paupières, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Sa chambre, emplie par les ténèbres, lui semblait perdue au fond d'un gouffre, et il eut cette impression que l'obscurité cherchait à l'étouffer.

     

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    Malgré son jeune âge, il chercha à se raisonner. Il prit une profonde inspiration, tentant de calmer les détonations au creux de sa poitrine. Ce n'était rien d'autre qu'une coupure de courant, ou une vulgaire ampoule grillée. Il était grand – il avait onze ans!- et sa peur du noir était irrationnelle. Il se lèverait, irait jusqu'à la cuisine, ouvrirait le dernier tiroir du buffet, prendrait la lampe torche que son père rangeait dans de pareil situations, et il avalerait son verre d'eau avant de retourner sagement au lit. Oui, c'est ce qu'il ferait ! Mais alors que sa respiration sifflante commençait à ralentir, le bruit sec qui l'avait tirer de son sommeil réitéra.


    Bang

     

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    C'était un genre de coup, comme lorsqu'on se cogne quelque part. Instinctivement, il tendit l'oreille. Est-ce que cela venait de sa chambre ? Oui, il en était persuadé, c'était tout proche de lui. Ça avait fait le même bruit que la semaine dernière, lorsque pris dans une bataille d'oreillers avec son cousin, ce dernier avait percuté violemment son bureau. D'ailleurs, est-ce que ce n'était pas de ce coin précis de la chambre que le son provenait ? Il déglutit péniblement, sa gorge encore plus sèche qu'avant. Qu'est-ce que son père lui avait dit, déjà ? Ah oui, avec la chaleur de la journée et la fraîcheur de la nuit, le bois craquait énormément. Il n'avait pas à s'inquiéter de tous ces bruits, c'était tout à fait normal, le bois « travaillait ». Simon n'avait pas trop compris comment le bois pouvait « travailler », mais il avait hoché la tête. Si l'explication venait de son père, c'est que c'était vrai. Et ce soir, ce devait être ça. Le bois de son bureau travaillait, tout simplement.


    Bang

     

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    Oui, mais voilà qu'un nouveau coup retentit, plus proche de lui encore, et cette fois suivi par un bruit un peu plus sourd. Une peluche, dans un équilibre précaire, avait chuté sur la parquet après qu'on ait percuté le meuble ancien.
    Simon laissa échapper un cri, qui s'apparenta plutôt à un jappement, comme celui d'un animal pris dans un piège. Il attrapa la couverture de son lit, sa cacha dessous et se terra entre les oreillers. Il pria pour que l'un de ses deux parents ait entendu son appel, qu'on lui vienne en aide, mais personne ne bougea. Il était seul. Seul. Seul avec cette chose qui évoluait dans sa chambre, dans l'obscurité la plus totale. Il pouvait la sentir, tout proche de lui, tout proche de son lit. Elle le chassait. Mais que lui voulait-elle ? L'idée lui souleva l'estomac et il plaqua ses deux mains sur sa bouche, pour essayer d'étouffer sa peur. Ne pas crier. Ne pas faire de bruit. Attendre.


    Bang

     

    Un nouveau craquement, juste à ses côtés (cette fois, c'était son camion de pompier miniature qu'on poussait, il pouvait facilement le reconnaître puisque c'était son jouet préféré). Et un dernier.

     

     

    Bang

     

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    Le lit trembla sous l'impact et Simon hurla à plein poumon. La chose était désormais au dessus de lui, il le savait. D'ici un instant, elle tirerait le drap avant de fondre sur lui. Il ferma les yeux. Pitié …
    Il resta ainsi quelques secondes, qui lui parurent durer des heures, attendant son ultime supplice. Mais rien arriva. Lorsqu'il rouvrit les yeux, sa lampe de chevet diffusait une lumière douce dans sa chambre d'enfant. Au sol gisait un ours en peluche qui lui souriait, le dessus de son bureau avait été renversé et là, juste à côté de son corps tremblant, imprégné dans son matelas, une forme étrange, l'emprunte d'une main complètement déformée.

     

     

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    Voilà ce qu'il ressentait devant cette pièce close, dans cette grande maison délabrée. Devant l'énigme que lui posait ce démon. Ce soir, c'était à nouveau un gamin traumatisé, complètement impuissant face au monde qui s'offrait à lui. Derrière la porte, un rire résonna. On se moquait de lui.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Hey les amis, comment allez-vous ?  *toussote face au néant*

     

    Il m'aura fallut pas mal de temps et de courage pour écrire cette màj. J'ai eu beaucoup de soucis, notamment la maladie d'un de mes furets, et sa disparition, alors je n'avais pas vraiment le coeur à l'ouvrage. Mais passons, je suis revenue et j'espère que vous avez aimé. Comme vous le voyez, les choses sérieuses vont vraiment commencer pour nos deux héros. Des idées ?

     

    Le texte servant d'illustration est à moi, il est intitulé simplement "Le Croque-Mitaine", et je vous saurais gré de ne pas vous en servir, même partiellement, sans mon autorisation.

     

    Quant au reste, je vous laisse avec un peu de musique.

     

     

     

     

     

     

    Meïko, 4 février 2009 - 8 avril 2015

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