• 3. Tu lui appartiens

     

     

    Allongée en bas des escaliers, elle se tortillait dans tous les sens, la douleur étant insupportable. Sa bouche se déformait en une grimace horrible tandis qu’elle avait de plus en plus de mal a respirer. Elle agrippait son ventre d’une main et elle tendait l’autre vers le téléphone, suppliante. Son mari descendit alors les marches lentement, chassant au passage une mèche de cheveux collant à son front, et lui lança un sourire avant d’attraper l’objet qu’elle tentait désespérément de saisir.

     

     

    « C’est ça que tu veux ?  lui demanda-t-il. Ne t’en fais pas, j’appelle les secours, tu ne mourras pas ce soir »

     

     Rapidement, il composa un numéro sur le cadran. La personne chargée des secours répondit dès la première sonnerie.

     

     « - Ma femme est tombée dans les escaliers, déclara-t-il rapidement dans le combiné d’un ton affolé, elle n’arrive plus à se relever … et … je crois qu’elle fait une fausse couche »

     

     A cette phrase, elle posa ses yeux gris embués par les larmes vers son ventre. Une tâche sombre grossissait sur le tissu entre ses jambes. Elle voulut hurler mais aucun son ne sortit de sa gorge.

     

     « - Pensais-tu pouvoir me tromper ? » souffla l’homme d’un air satisfait.

    Un fois l'appel terminé, il s'approcha de son corps meutri et posa une main qui se voulait réconfortante sur son épaule.

     « - Ne t'en fais pas, ce n'est qu'un mauvais moment à passer »

     
    ___________

     

    Le carillon suspendu au mur du salon égrainait dans un tic-tac infernal les secondes, rappel sordide de son ennui. Elle était seule dans cette immense maison, et son unique contact avec le monde extérieur se résumait à la télévision qui lui faisait face. Le film qu’elle regardait touchait pratiquement à sa fin et elle enviait le personnage principal de l’histoire. Sa vie à elle n’avait rien à avoir avec celle de l’héroïne qui se mouvait à l’écran. Elle, elle n’aurait jamais le droit à un « happy end » …

     Elle ferma doucement ses paupières et machinalement, sa main se posa sur son ventre à peine arrondi. Quelque part en elle, un petit être grandissait en secret. Cet enfant serait sa seule source de réconfort et elle espérait vraiment qu’il changerait la situation dans laquelle elle se trouvait depuis plus d’une année déjà. Mais pour l’instant, son existence se devait d’être ignorée et elle se maudissait un peu plus chaque jour de se voir grossir. Elle laissa une larme couler jusqu'à ses lèvres fines. Elle espérait sincèrement  que sa vie changerait avec ce bébé.

     L’horloge du salon sonna plusieurs coups brefs qui résonnèrent dans les muscles de son corps comme des détonations. Sa « liberté » se terminait en même temps que la fin de la journée. Essuyant du revers de la main ses yeux encore humides, elle se redressa difficilement du canapé et gagna la cuisine. Elle jeta un regard par la seule fenêtre de la pièce, se noyant complètement dans le ciel incandescent du soleil couchant.  Si elle avait été courageuse, elle aurait pu s’enfuir de sa prison et mener la vie dont elle avait envie. Mais à la place, elle était coincée ici et soumise aux choix qu’on lui avait pratiquement imposés, hormis cet enfant qu’elle avait toujours ardemment désiré.
    Oui, elle aurait pu fuir cette vie qu’elle détestait tant …

    Elle soupira doucement et reporta son attention vers le plat qui cuisait au four. Elle avait passé une partie de l’après midi à cuisiner, et ce malgré les vertiges dus à la maternité. Depuis qu’elle avait appris l’existence de cet enfant, elle faisait très attention à son comportement, préférant essuyer quelques remarques acerbes plutôt que des coups …

     Elle disposait les assiettes sur la table lorsqu’elle entendit une voiture se garer dans l’allée. La portière du véhicule claqua et quelques instants plus tard, des pas sur firent entendre sur le perron.

     « - Chérie, je suis rentré » souffla l’homme depuis l’entrée, un sourire carnassier plaqué sur le visage

     Une boule dans le ventre, elle quitta la cuisine pour rejoindre son mari et l’embrassa furtivement du bout des lèvres. Comme tous les jours, elle se devait d’être parfaite. Parfaite épouse. Parfaite cuisinière. Parfaite amante. Et parfaite comédienne.

    « - Monte » lui ordonna-t-il, ne prêtant pas attention au dîner qu’elle avait préparé

     
    Ce soir, elle avait tout fait pour répondre à ces critères. Mais ce soir, il avait une autre idée en tête. Ce soir, ce serait sa fin et ça, elle l’ignorait.

     

     

     

     

    La première version de ce texte a été écrite il y a environ un an. A la base, il devait me servir de prologue pour une histoire qui ne verra certainement jamais le jour.
    La chanson d'accompagnement que je vous propose et celle qui m'a donnée l'inspiration, fait assez rare car je n'écris presque plus ...

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Luvinia.Wolf Profil de Luvinia.Wolf
    Jeudi 6 Octobre 2011 à 23:37

    Comme toujours j'adore vraiment tes textes.
    Ce court texte est bien plus sombre que tout ce que j'ai pu lire de toi.
    Et ça me fichais vraiment la chair de poule, plus talenteuse que toi y'a pas !

    Et j'espère vraiment que l'inspiration de reviendra car ça serai dommage de cacher un aussi jolie don !

     

    Ze t'aime fort ma poupette !

    2
    Yumeno Profil de Yumeno
    Dimanche 16 Octobre 2011 à 16:49

    Brrrrrr.... Ca fait froid dans le dos Oo Et la musique colle bien avec.


    Tu n'as plus d'inspiration ? =O



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