• 48

    48

     

     

     

    Le silence régnait, perturbé uniquement par sa respiration lente et régulière. Simon, âgé de onze ans, dormait paisiblement dans sa chambre d'enfant. Ses dons de médium, bien présents malgré son jeune âge, était annihilés par les puissants médicaments administrés par son psychiatre. Il fallait avouer qu'avec les anxiolytiques qu'il devait avaler tous les jours, et tout un tas d'autres drogues dont il ne connaissait pas les « noms scientifiques », il semblait être ailleurs une grande partie du temps, et il était toujours très fatigué. Mais le traitement fonctionnait ! Les fantômes étaient toujours là, mais leur substance paraissait plus aérienne, moins présente. Ils ne se matérialisaient plus que quelques secondes, comme une vague ombre visible uniquement du coin de l'oeil. Et surtout, ils ne parlaient plus. Ou du moins, il ne les entendait plus. Il ne savait pas vraiment si cela lui plaisait ou non – il avait grandi avec cette étrange capacité – mais comme ses parents souriaient plus souvent en sa présence, et lui accordaient plus de leur temps précieux, il était content.

     

     

    48

     

     

    Cette nuit de juillet, il dormait d'un de ces sommeil sans rêves, assommé par son ordonnance, quand un bruit sec le tira des bras de Morphée. Encore confus par la fatigue, il ouvrit difficilement un œil. Sa gorge était terriblement sèche, il avait très soif, et il se redressa au milieu de son lit. À tâtons, il chercha l'interrupteur de sa lampe de chevet (il n'avait pas vraiment peur du noir, mais le calme de la maison, associé à l'obscurité, ne le mettait pas très à l'aise) et quand enfin il le trouva, il pressa le bouton. Il ferma les yeux, en prévention contre cette lumière aveuglante qui lui brûlerait la rétine, mais rien ne se produisit. Il recommença. Encore. Encore. Et encore. Il ouvrit les paupières, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Sa chambre, emplie par les ténèbres, lui semblait perdue au fond d'un gouffre, et il eut cette impression que l'obscurité cherchait à l'étouffer.

     

    48

     

    Malgré son jeune âge, il chercha à se raisonner. Il prit une profonde inspiration, tentant de calmer les détonations au creux de sa poitrine. Ce n'était rien d'autre qu'une coupure de courant, ou une vulgaire ampoule grillée. Il était grand – il avait onze ans!- et sa peur du noir était irrationnelle. Il se lèverait, irait jusqu'à la cuisine, ouvrirait le dernier tiroir du buffet, prendrait la lampe torche que son père rangeait dans de pareil situations, et il avalerait son verre d'eau avant de retourner sagement au lit. Oui, c'est ce qu'il ferait ! Mais alors que sa respiration sifflante commençait à ralentir, le bruit sec qui l'avait tirer de son sommeil réitéra.


    Bang

     

    48

     

     

    C'était un genre de coup, comme lorsqu'on se cogne quelque part. Instinctivement, il tendit l'oreille. Est-ce que cela venait de sa chambre ? Oui, il en était persuadé, c'était tout proche de lui. Ça avait fait le même bruit que la semaine dernière, lorsque pris dans une bataille d'oreillers avec son cousin, ce dernier avait percuté violemment son bureau. D'ailleurs, est-ce que ce n'était pas de ce coin précis de la chambre que le son provenait ? Il déglutit péniblement, sa gorge encore plus sèche qu'avant. Qu'est-ce que son père lui avait dit, déjà ? Ah oui, avec la chaleur de la journée et la fraîcheur de la nuit, le bois craquait énormément. Il n'avait pas à s'inquiéter de tous ces bruits, c'était tout à fait normal, le bois « travaillait ». Simon n'avait pas trop compris comment le bois pouvait « travailler », mais il avait hoché la tête. Si l'explication venait de son père, c'est que c'était vrai. Et ce soir, ce devait être ça. Le bois de son bureau travaillait, tout simplement.


    Bang

     

    48

     

    Oui, mais voilà qu'un nouveau coup retentit, plus proche de lui encore, et cette fois suivi par un bruit un peu plus sourd. Une peluche, dans un équilibre précaire, avait chuté sur la parquet après qu'on ait percuté le meuble ancien.
    Simon laissa échapper un cri, qui s'apparenta plutôt à un jappement, comme celui d'un animal pris dans un piège. Il attrapa la couverture de son lit, sa cacha dessous et se terra entre les oreillers. Il pria pour que l'un de ses deux parents ait entendu son appel, qu'on lui vienne en aide, mais personne ne bougea. Il était seul. Seul. Seul avec cette chose qui évoluait dans sa chambre, dans l'obscurité la plus totale. Il pouvait la sentir, tout proche de lui, tout proche de son lit. Elle le chassait. Mais que lui voulait-elle ? L'idée lui souleva l'estomac et il plaqua ses deux mains sur sa bouche, pour essayer d'étouffer sa peur. Ne pas crier. Ne pas faire de bruit. Attendre.


    Bang

     

    Un nouveau craquement, juste à ses côtés (cette fois, c'était son camion de pompier miniature qu'on poussait, il pouvait facilement le reconnaître puisque c'était son jouet préféré). Et un dernier.

     

     

    Bang

     

    48

     

     

     

     


    Le lit trembla sous l'impact et Simon hurla à plein poumon. La chose était désormais au dessus de lui, il le savait. D'ici un instant, elle tirerait le drap avant de fondre sur lui. Il ferma les yeux. Pitié …
    Il resta ainsi quelques secondes, qui lui parurent durer des heures, attendant son ultime supplice. Mais rien arriva. Lorsqu'il rouvrit les yeux, sa lampe de chevet diffusait une lumière douce dans sa chambre d'enfant. Au sol gisait un ours en peluche qui lui souriait, le dessus de son bureau avait été renversé et là, juste à côté de son corps tremblant, imprégné dans son matelas, une forme étrange, l'emprunte d'une main complètement déformée.

     

     

    48

     

     

    Voilà ce qu'il ressentait devant cette pièce close, dans cette grande maison délabrée. Devant l'énigme que lui posait ce démon. Ce soir, c'était à nouveau un gamin traumatisé, complètement impuissant face au monde qui s'offrait à lui. Derrière la porte, un rire résonna. On se moquait de lui.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    _______________

     

    Hey les amis, comment allez-vous ?  *toussote face au néant*

     

    Il m'aura fallut pas mal de temps et de courage pour écrire cette màj. J'ai eu beaucoup de soucis, notamment la maladie d'un de mes furets, et sa disparition, alors je n'avais pas vraiment le coeur à l'ouvrage. Mais passons, je suis revenue et j'espère que vous avez aimé. Comme vous le voyez, les choses sérieuses vont vraiment commencer pour nos deux héros. Des idées ?

     

    Le texte servant d'illustration est à moi, il est intitulé simplement "Le Croque-Mitaine", et je vous saurais gré de ne pas vous en servir, même partiellement, sans mon autorisation.

     

    Quant au reste, je vous laisse avec un peu de musique.

     

     

     

     

     

     

    Meïko, 4 février 2009 - 8 avril 2015

    48

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Avril 2015 à 22:29

    Oh non. Je suis désolée pour ton furet! :( :(

    J'ai bien aimé ton Croque-Mitaine! Ça se mariait bien au texte (et ça me faisait penser - en plus sérieux!!!! - à Bonhomme sept heures d'eXterio xDD Et là, je me retrouve à écouter Whippet et je ne me souviens plus de ce que je voulais ajouter ó_ò).

    Ah! Oui! J'ai trouvé que tu as trop bien géré le p'tit côté flippant/"cauchemar" d'enfant que tout le monde a un jour vécu :D Et puta madre, Jack, viens sauver Simon, merde, il fait des conneries, là, il va ouvrir la porte qu'il faut pas! Et pis j'sais pas pourquoi, mais je me doute que, ce coup-ci, va y avoir "quelqu'un" de l'autre côté. Et j'sais pas s'il va pouvoir "revenir" :( 

    2
    Dimanche 19 Avril 2015 à 00:11

    Merci Adzriel ;)

    Ma version du Croque Mitaine m'a aussi été inspirée par une musique, celle de Rammstein intitulée Mein Herz Brennt ^^

    3
    Dimanche 19 Avril 2015 à 00:43

    J'ai beaucoup aimé la partie de l'enfance de Simon avec ton texte du "croque-mitaine" ça rajoutait une ambiance vraiment "effrayante". Tu es vraiment douée ma poupette ^_^
    j'ai donc hâte de lire la suite ! N'empêche , tu me dis que je suis cruelle de couper en pleine action, mais tu n'es pas mieux tongue


    Je suis sincèrement désolé d'apprendre pour Meiko, bien qu'il a l'air d'avoir tenu un bon moment. Tu as pu le garder auprès de toi, un peu plus... Au moins, il est en paix et a retrouver son copain...
    C'est jamais facile quand on perd nos amis les bêtes
    (j'ai pensé beaucoup à toi, mais je n'ai pas eu l'occasion de t'envoyer des tit sms frown)

     

    Gros bisous ma poupette !

    4
    Lundi 20 Avril 2015 à 10:32

    Merci Choupette.

    On avait soupçonné à Meïko à lymphome durant l'été, mais le véto hésitait avec les séquelles d'un avc. En janvier, les signes du lymphome sont revenus, et puis repartis. Et son état s'est dégradé vraiment rapidement en mars. Il vomissait, mangeait de moins en moins. Et quand son poids est passé sous les 600gr, qu'il n'avait plus de forces et uniquement la peau sur les os, le véto m'a dit que je devais le laisser partir ... Voilà pour l'histoire. J'ai pas eu le moral durant un moment, et il me manque toujours autant.

    5
    Lundi 20 Avril 2015 à 21:47

    Normal que tu n'as pas eu le moral avec tout ça et l'inquiétude qui du coup était là depuis des mois...
    En plus, c'était ton premier furet non ? On a toujours plus de mal à accepter quand c'est le premier... Je sais que mon premier husky j'ai mis longtemps a accepter sa disparition... Ce n'est jamais facile frown
    * câlin à sa poupette *

    6
    Mardi 21 Avril 2015 à 16:36

    Merci Choupette. Et sinon, oui, Meïko est mon premier doudou, je l'ai eu pour mes 18 ans.

    7
    Mercredi 22 Avril 2015 à 20:21

    C'est compréhensif alors :(

    8
    Lundi 4 Mai 2015 à 19:51

    Désolé pour ton furet aussi...

    Et sinon pour le flash-back, j'ai trouvé que c'était vraiment une bonne idée pour faire le parallèle avec la situation dans laquelle Simon est !

    Pour finir, ton texte du croque-mitaine est super bien écrit ! Enfin bref, bravo :) (sinon pour la suite... j'avoue que j'ai aucune idée ^^)

    9
    Mercredi 20 Mai 2015 à 01:26

    Bon sang, t'sé que tu m'as fichu la frousse avec ton "adieu" que je pensais de partout à tout jamais O_O Mais juste de Skyrock, ouf!!! J'aurai pas à essayer de soudoyer Cyal pour qu'il maudisse ton ordi et tout. :)

    10
    Mercredi 20 Mai 2015 à 11:58

    Non non, c'est juste un adieu sur Skyrock, j'en ai un peu ma claque des critiques pas constructives et de voir que finalement, c'est plus un partage de passion, mais une obligation.

    Ah non, faut pas tenter Cyal ! Il est déjà fâché parce que je bosse sur une petite nouvelle et que du coup, il est au placard depuis un moment. Il va me le faire payer à la prochaine occasion, je le sens venir >_<

    Sinon, le temps que j'y songe, tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! Même si j'ai pris du retard sur Au-delà ... à cause des examens, je compte bien continuer à vous lire Coco et toi (donc si possible, m'envoyer un mp sur Skyrock pour me prévenir de l'avancement des majs, ce serait génial ^^)

    11
    Jeudi 28 Mai 2015 à 18:57

    Très flippant la petite histoire de son enfance, et très bien écrit !

    12
    CrazyChess
    Dimanche 23 Août 2015 à 13:30
    Hello ! J'avais survolé déjà DBE il y a qq années et j'avais adoré, mais en temps que lectrice fantôme (oui honte sur moi :X)
    Mais là je viens de redécouvrir ton blog, et de dévorer DBE et enquête 18 ... J'adore ! Tu fais un super bon travail, tes histoires sont prenantes et tes perso' tous intriguants <3 je lis beaucoup d'histoires sims, mais c'est rare de tomber sur des aussi délicieusement sombres et fascinantes ;)
    Bon bah bonne continuation, j'attends (im)patiemment la suite !


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :