• 9.11. Le Fort

    Le Fort

     

     

     

    Le bruit des bombes s'était tu. Les armes ne grondaient plus. Les cris avaient cessé. Le calme était revenu. Le silence régnait.
    Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, dans le noir. Seul. Il attendait, la peur lui tiraillant les entrailles, certain que cette courte trêve ne durerait pas. Ça avait été lâche de sa part de s'être ainsi caché lorsque le premier assaut avait été donné, mais il avait craint pour sa vie - les autres aussi sûrement – et aujourd'hui, il ne restait plus que lui. Et il attendait. Un jour après l'autre, tout se ressemblant étrangement.
    Pour tromper l'ennui, il comptait. Les nombres, il aimait ça. C'était facile, les résultats prévisibles. Ça le rassurait, lui qui vivait désormais dans un monde suspendu. Aujourd'hui, il compterait jusqu'à 2854, puis il multiplierait ce nombre par 642. Ça aurait de quoi le maintenir occuper un petit moment. Il venait de poser mentalement une retenu à sa multiplication quand il s'aperçut que le silence qu'il chérissait tant n'était plus. Au début, il ne s'agissait que d'un vulgaire bourdonnement, juste assez faible pour lui faire perdre patience. Il tenta de passer outre, mais ce bruit s’immisçait en lui, se mêlant aux battement sourds de son propre cœur, se répercutant dans ses veines, explosant dans ses muscles, et il s'égara dans son calcul. C'était malin, il lui fallait désormais tout recommencer depuis le début.
    Un. Deux.
    Le bourdonnement devenait de plus en plus fort à mesure que l'idée germait doucement en lui. Était-ce la fin de la trêve ? Il ferma les yeux de toutes ses forces et poursuivit.
    Trois. Quatre.
    Le bourdonnement s’intensifiait, il ne rêvait pas. Il se modulait, lui laissant parfois parvenir des éclats de voix, lointains. Il plaça ses mains sur ses oreilles, il ne voulait pas les entendre. Ici, c'était son monde.
    Cinq. Six.
    Pourtant, l'obscurité si rassurante dans laquelle il s'était plongée ne serait bientôt plus. Il en était certain, on venait pour lui. Le bourdonnement s'était transformé et le sol grondait sous son corps. C'était une escouade qui était parti à sa recherche. Il devait s'en doutait, sa tête serait mise à prix. Alors il s'enfonça un peu plus dans les ténèbres pour se rassurer et se forcer à réfléchir calmement.
    Sept. Huit.
    Il pouvait encore leur échapper. Le fort était un véritable dédale qu'il connaissait comme sa poche, tandis que les autres ne devaient bénéficier que d'une carte incomplète pour se déplacer. Il avait l'avantage sur eux, il en était sûr.
    Neuf. Dix.
    Finalement, il se redressa, déployant sa stature immense. Ses membres le faisaient souffrir et il réprima de justesse un râle de douleur. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas eu à quitter sa cache. Avant d'avancer, il dut se concentrer un instant pour passer au dessus de son corps à vif, et il s'engouffra dans un long tunnel, l'obscurité le dissimulant toujours. Pourtant, au bout de quelques mètres seulement, il s'arrêta. Le béton sous ses pieds ne grondait plus, il tremblait carrément. Et tout son être tremblait avec lui. Comment cela pouvait-être possible ?
    Un larme chaude courut le long de sa joue pour s'échouer sur ses lèvres froides, et il manqua de s'effondrer lorsqu'il comprit qu'il était encerclé. Il avait sous-estimé la puissance de l'ennemi et maintenant, il était pris au piège. Comme ses camardes, il allait tomber. Comme les autres, il allait disparaître. Pourquoi avait-il quitté sa tanière ? Comme il se maudissait d'avoir été si bête.
    Ses jambes se dérobèrent sous le poids de la réalité qui s'imposait désormais à lui, et il hurla son désespoir aux ténèbres qui l'avaient longuement protégé. Il avait été trahi et l'heure de sa mort sonnait enfin.

     

    Si la musique n'avait pas été si forte, peut-être que cette foule, cette escouade de danseurs, aurait entendu ce hurlement si déchirant. Peut-être aurait-elle compris qu'elle n'était pas seule ce soir en ces murs. Alors qu'elle s'amusait, dans un autre monde, quelqu'un se battait encore une fois pour sa survie. D'ailleurs, si vous tendez l'oreille, peut-être les entendrez-vous. Tous ces gens. Tous ces cris. Tous ces corps autours de vous. Ne vous avait-on pas dit que le lieu était hanté ?

     

     

     

     

     

    Inspirée par Fort-Aventure, un fort du XIXème siècle aujourd'hui transformé en parc de loisirs où ma promo organise son gala.

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 6 Avril 2014 à 22:12

    Comme toujours j'adore ce que  tu écris  ^_^
    Et je t'avoue que pour le coup ça change un peu de ce que tu fais mais parfois ça a du bon ;)
    J'espère que ton semestre se passe bien en prime !

    Gros bisous ma poupette, tu me manques fort !

    2
    Lundi 7 Avril 2014 à 13:29

    Pour le coup, j'ai dû un peu me forcer à ne pas écrire quelque chose de trop sordide. En fait, y a un journal écrit par des étudiants et pour des étudiants de psycho de notre fac, et j'avais eu l'idée de soumettre une idée de nouvelle, histoire de ne pas être toujours en train de parler des cours ^^

    Mon idée de départ, d'ailleurs, c'était un truc plutôt lyrique. Un petit mélange entre deux époques. Mais chassez le naturel, il revient au galop, alors j'ai finalement fait quelque chose qui me ressemble plus xD quelque part je suis déçue, j'avais envie de sortir de mon style. Qui sait, une prochaine fois peut-être ^^

     

    Je te remercie pour tes compliments Choupette <3

    Et j'espère que ton semestre se passe bien aussi. Je te souhaite plein de courage et j'espère qu'on retrouvera un opeu de temps pour papoter ^^

    3
    J'aioubliémonpseudo
    Lundi 7 Avril 2014 à 23:37

    Ça fait un petit moment que j'suis pas venue rôder... enfin bon, mieux vaut tard que jamais !

    Ça change du ton habituel, mais c'est étonnamment prenant.  J'adore ! cool



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