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    Se tenant la tête de ses deux mains, Abby tenta de chasser ses souvenirs. Mais rien n’y faisait. Le sang ne l’avait pas quitté depuis ce jour funeste, et il gangrénait peu à peu son esprit malade. Impassible face à toute sorte d’amour, de peur ou de douleur, son corps n’était plus qu’une enveloppe vide de toute âme. En fait, mis à part les quelques réminiscences qu’elle tentait de faire taire, Abby n’était plus rien.

    Relevant ses yeux gris vers la pleine lune, une grosse larme chaude roula le long de sa joue, pour aller s’écraser sur le sol. Ce soir, ce ne serait peut-être pas comme d’habitude. Ce ne serait pas comme d’habitude. Elle le savait. L’effet de la drogue était différent. Elle était encore consciente de ses actes, n’arrivant pas à chasser de sa mémoire les hurlements d’horreur de sa mère, ainsi que l’odeur si particulière du sang. Que devrait-elle faire pour être enfin libérée de ce cauchemar ?

     L’idée vague de se refaire une injection lui traversa l’esprit. Mais ça ne changerait rien. Le mal qui la rongeait venait de prendre de l’ampleur et elle n’arriverait plus à faire taire ses visions. C’était quelque chose de bien plus profond …


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    Aide moi hurla-t-elle à l’astre brillant. Fais moi vivre ou tue moi, je t’en pris


    Le silence régnait en maitre. Abby allait se laisser tomber sur le trottoir quand un autre souvenir remonta du plus profond de sa mémoire.

     

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    Ce jour là, il faisait chaud. Papa n’était pas là, Maman cuisinait. Abby l’observait depuis le salon. Une poupée sur les genoux, elle lui chantait une berceuse. Mattie était là, elle aussi. Elle était encore dans le ventre de Maman, et sa grande sœur l’attendait avec impatience.

    Un petit sourire illumina son visage émacié. Cette nuit, elle trouverait une nouvelle forme de drogue. Si le présent ne voulait pas d’elle, elle irait se réfugier dans le passé. Elle irait rejoindre le quartier de son enfance. Le quartier où elle avait vécu ses derniers moments de bonheur.

     Accélérant le pas, la jeune femme s'éloigna des géants de verres pour se diriger vers un petit quartier résidentiel. Plus elle se rapprochait de la petite maison qui lui avait connue ses premières années de vie, et plus elle se sentait bien. Elle réussissait peu à peu a effacer les images hideuses qui la hantaient pour ne garder que les rares sourires qu'elle avait partagés avec ses proches.

     

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    Elle commençait à se sentir bien lorsque tout dégénéra. Dans sa mémoire venait de s'immiscer un bruit sourd. Un craquement d'os. Elle sentait aussi une odeur de fer, une odeur trop forte qui lui souleva l'estomac. Puis ensuite, quand elle avait ouvert les yeux, il y avait la marre de sang qui se rependait lentement autour du corps inanimé d'une petite fille.

    Cette image, comment aurait-elle pu l'oublier ?

    C'était dans ce havre de paix que c'était produit l'incident. Quand la tête de l'enfant s'était mollement écrasée contre la table basse du salon …

     

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    Abby se retourna pour jeter un dernier regard aux immeubles du centre-ville. Voulait-elle revoir de ses propres yeux ce lieu funeste ? Voulait-elle réellement se sentir en vie au point de combattre le fantôme de sa petite sœur ?


    Le vent soufflait, douce caresse au milieu de la nuit. Elle voulait se sentir vivante, quitte à avoir mal. Elle irait donc rejoindre la petite maison qui portait le numéro 54, et attendrait toute la nuit s'il le faudrait. Bien sûr, elle ne pourrait certainement pas rentrer. D'autres personnes devaient sûrement habiter les lieux. Après tout, la mort de Mattie ne les regardait pas. Cette pensée lui fendit le cœur.

    Un sourire se dessina sur son visage. C'était pile se qu'elle recherchait


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    La démarche peu assurée, elle savait pourtant où elle se dirigeait. Rien que pour une nuit, elle se laisserait submerger par ses sentiments. Par sa haine. Par sa peur. Par son dégoût. Rien que pour une nuit, elle retrouverait le peu d'humanité qui lui faisait défaut.

    Sans croiser âme qui vive a une heure si tardive, elle gagna les premiers quartiers résidentiels. Les petites maisons aux volets clos renforçaient encore plus le sentiment qu'Abby était seule au monde. Mais peu lui importait, puisqu'au coin de la rue se trouvait l'objet de sa quête ...

     

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     Mais elle stoppa sa course. Un autre souvenir venait de germer dans son esprit dérangé. Face à sa silhouette fine se dressait une immense bâtisse. Elle se souvenait de cette maison entourée par ses hauts pins. Enfant, elle n'osait même pas s'approcher de sa clôture de peur de se faire happer par la bouche noire qu'était sa porte d'entrée vitrée.
    Oui, ça lui revenait peu à peu.  On disait de ce lieu qu'il était hanté. Bien que la pelouse fût entretenue, l'état de la demeure, quant à lui, laissait à désirer. Les vitres des fenêtres étaient en bon état, mais une épaisse couche de poussière les rendait opaques. Et, comme si le propriétaire voulait encore plus d'intimité, des rideaux d'un blanc plus que douteux obstruaient toute visibilité éventuelle.

    Un fin sourire déforma le visage de la jeune femme. Y avait-il seulement eu un propriétaire ? Jamais, dans son enfance, elle n'avait vu une personne vivre dans cette maison.


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    Finalement, la rumeur qui courait pouvait être pur vérité. Sans attendre une seconde de plus, elle s'engagea dans l'allée cimentée, bien décidée a vérifier si un fantôme se cachait en ces lieux. Au pire, elle tomberait sur un vieux monsieur défraichi craignant la lumière du jour. Au mieux, elle se ferait une petite frayeur. Après tout, que peut-elle bien risquer ?



    Fin du premier chapitre

     


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