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    Martin hocha la tête, plutôt satisfait par ces présentations succinctes, et entraîna la jeune fille vers son bureau. Il lui indiqua une chaise, l'invitant à s’asseoir, et entama la conversation.

    - Le restaurant embauche en tout quatre personnes. Il y a toi, Shane et aussi deux autres serveuses. Mais il est encore un peu tôt pour qu'elles soient déjà là. Je te les présenterai d'ici peu, ne t'en fais pas.

    Abigail opina du chef, espérant de tout cœur que ces deux femmes soient aussi sympathiques que Shane et son patron.

    - Maintenant Abby, nous allons discuter de choses plus sérieuses, reprit-il en croisant les main sur son bureau. Heather m'a appelé un peu avant ton arrivée pour me dire que j'avais désormais une nouvelle employée. J'ai accepté de t'embaucher car je lui dois un petit service. Mais Heather, elle est parfois un peu trop gentille et pas assez méfiante. Alors tu es prévenue. Il pinça l'arête de son nez et marqua un courte pause. J'ignore ton histoire et je ne tiens pas à la connaître : on a tous nos secrets. Mais une chose est sûre, je ne tolérerais pas que tu me voles ou que tu voles un autre employé. Et si tu veux garder ta place, tu n'as pas intérêt à bâcler ton travail. On est d'accord ?

     

     

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    La jeune fille s'enfonça sur sa chaise, baissa les yeux et murmura enfin un « oui » à peine audible. Martin continua alors.

    - Mis à part ça, et si tu fais ton travail correctement, tout devrait biens se passer entre nous. Je sais que le salaire n'est pas extra et d'après Heather tu es dans une situation « critique » …

    - Mais je ne lui ai rien dit ! Le coupa Abigail brusquement.

    Le regard de Martin brilla d'une bien étrange lueur, illuminant soudainement son visage qui s'était durci.

    - Heather sent ses choses là, lui répondit-il calmement. Tu sais, aujourd'hui, c'est une petite bonne femme tranquille et posée. Mais ça n'a pas toujours été le cas. Et elle l'a vue, à ton regard, que la vie ne devait pas t'avoir fait beaucoup de cadeaux.

     


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    La jeune fille baissa immédiatement les yeux et elle se tordit les doigts nerveusement. La vie ne lui avait fait aucun cadeau. Cette phrase sonnait étrangement à ses oreilles. Jamais, du haut de ses seize ans, elle n'avait eu ce genre de pensées. Jamais elle n'avait trouvé son sort plus horrible que celui de quelqu'un d'autre. Jamais elle n'avait songé à une vie plus facile. Jamais elle n'avait envié les personnes qu'elle avait un jour pu fréquenter. D'ailleurs, il lui était aisé de trouver quelqu'un avec une vie plus difficile que la sienne, et il lui suffisait de regarder les infos ou de de marcher le longs des rues remplies de mendiants pour voir bon nombre d'individus au destin peu glorieux. Elle, elle avançait seule, loin du regard des autres, son histoire ne lui appartenant qu'à elle. Mais pourtant, tout ceci était vrai. La vie n'avait pas était tendre avec elle, et quelque part, elle savait son esprit déjà malade.

     

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    - Écoute, je ne sais pas où tu vis actuellement, mais si tu as besoin d'un endroit stable, je loue une petite chambre au dessus de l'établissement. Rien de très luxueux, l'appartement ne contient que le stricte minimum et les sanitaires ainsi que la douche se trouvent sur le palier. Il y aussi un autre locataire, mais il ne te posera aucun problème. Il n'est presque jamais là. Et si chacun mène sa petite vie tranquille, tout devrait être au mieux.


    Abigail ne savait plus où se mettre et elle s'enfonça un peu plus sur sa chaise. Jamais elle n'avait cru, depuis le début de sa fugue, rencontrer des gens bien. Elle, tout ce qu'elle savait du monde extérieur, c'était ce que son père lui avait montrer.

     


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    Elle était née un six septembre par une chaude journée ensoleillée et jamais sa vie n'avait changée jusqu'à ce qu'elle décide de faire face à cet environnement hostile que son père appelait « humanité ». Pourtant, dans ce monde où règne la violence et l'indifférence, la douleur et la peur, elle trouvait peu à peu ses marques. Finalement, le monde qu'elle percevait derrière sa muraille n'avait rien de pire que celui dans lequel elle vivait depuis des années. La terreur que lui inspirait son père planait encore au dessus de sa tête, menaçante, comme un nuage d'orage un jour d'été, mais elle passait outre. Elle commençait à vivre, oubliant ce sombre présage.
    La vie n'était pas qu'une simple suite d'échecs et encore moins un vulgaire coupe-gorges. Non, la vie commençait peu à peu à lui tendre les bras et elle devait désormais se battre pour s'en sortir. Sa volonté lui avait permis de tenir jusque là, et désormais, elle trouvait un peu d'aide. Elle allait enfin devenir elle-même !

    Abigail déglutit péniblement. Pour le première fois depuis le début de cet entretien, elle osait affronter le regard profond de Martin. Ses prunelles, d'un gris presque transparent, le toisèrent et elle jugea l'individu. Malgré le sérieux de la conversation, le grand noir souriait franchement, laissant apparaître une rangée de dents blanches. L'ensemble contrastait avec son teint d'ébène et lui donnait un air imposant. Mais malgré tout, ses yeux noirs inspiraient la bienveillance. Martin ne cherchait pas à l'enfoncer. Non, il veillait simplement au bien-être de son entreprise et à protéger par la même occasion ses amis. Alors, d'une toute petite voix, elle lui répondit qu'elle voulait bien loger dans le studio qu'il louait.

     

     

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    Elle avait soufflé ces quelques mots si faiblement que Martin dû lui faire répéter sa phrase à deux reprises. Lorsqu'il eut enfin compris, son sourire s'élargit, fendant son visage un peu plus. Il ne connaissait pas l'histoire d'Abby, mais quelque part, tout au fond de son être, il était heureux qu'elle accepte son offre. Des jeunes fugueurs, il en avait côtoyés, mais rares étaient ceux qui voulaient faire un réel effort pour s'en sortir. Or, la jeune fille qui lui faisait face n'était pas de ceux là. Le visage caché derrière ses cheveux sales et emmêlés, quelque chose brillait dans ses yeux qu'il voyait à peine, et il la soupçonnait de cacher un énorme potentiel. Cette fille, elle était forte, et elle ne coulerait pas comme tous les autres.



    - Très bien Abby, si tu veux, tu pourras poser tes bagages dans la chambre dès ce soir et passer la nuit ici. Je te fais confiance, après tout Heather est une femme d'instinct. Et son instinct ne lui fait que très rarement défaut conclut-il la conversation.

     

     

     

     

     

     

    Voilà, après mon dernier coup de gueule, me voici de nouveau active sur DBE. Je suppose que certaines parmi vous doivent être un peu perdues avec ce revirement de situation. Mais rassurez-vous, je sais où je vous mène !
    (Et non, Cyal n'est pas près de revenir. C'est pour punir les visiteurs fantômes).

     

    Sinon, que pensez-vous de Martin et Shane ? Une idée sur leur rôle ?

     

    Ah oui, je voulais aussi vous annoncer que j'ai choisi de prendre un assistant. Je n'arrive plus à gérer ce blog seule, et mes nerfs commencent à lâcher. Alors avant de me faire taper dessus, je tenais à vous présenter celui qui partage mes galères informatiques, mes crises sur les sims et la gestion de ce blog, j'ai nommé Dali

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Hum, oui, Dali s'épuise au travail !

     

     

     

     

    Et juste pour allonger encore un peu mon article, et parce que j'ai envie :

     

     

     

     

    c'est ma musique du moment et c'est acvec ça que j'ai travaillé la maj.

     

     

    Bon, maintenant, vous avez l'obligation de laisser un commentaire, sinon, je zigouille Cyal à la porchaine maj et je mettrais encore plus de temps pour publier quelque chose !
    Oui petit fantôme, c'est à toi que je m'adresse.

     

    Au cas où vous vous interrogeriez sur ma santé mentale, elle va plutôt bien. Pas la peine de me faire enfermer ^___^


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    Elle travaillait déjà depuis deux mois au restaurant « Bennett & Son's » et elle ne voyait pas le temps défiler. L'établissement, loin des quartiers qui l'avaient vue grandir, la rassurait et elle faisait preuve de beaucoup de sérieux pour laver les couverts des clients. Martin était d'ailleurs satisfait de son travail et la félicitait assez régulièrement. « Le travail de qualité fait défaut à bien des individus, alors il faut récompenser celui qui s'applique dans sa tâche » disait-il toujours. Martin se révélait être une personne peu bavarde et il ne lui posa aucune question personnelle depuis leur petites conversation. Or ce n'était pas le cas des deux autres serveuses qui ne pouvaient faire taire leur curiosité naturelle. Abigail ne les appréciait guère et elle s'arrangeait généralement pour ne pas se retrouver seule avec elles. Seul Shane semblait un tant soit peu s'intéresser à elle sans en faire un sujet de ragots. Shane avait une petite vingtaine et il vivait dans un appartement pas loin du restaurant. Il lui avoua qu'avant de bosser pour Martin, il savait à peine faire cuir un œuf. Mais ça n'empêcha pas Martin de l'embaucher ! D'après ce qu'il avait laissé entendre, Shane avait traversé le pays depuis Los Angeles pour fuir les gangs à qui il devait de l'argent. Une grosse somme d'argent … Mais aujourd'hui, il avait décroché, il ne fumait plus d'herbe, ne touchait plus aux drogues dures et il aimait sa petite vie rangée et tranquille. Oh, la cuisine, ce n'était toujours pas son truc, mais Martin était toujours près de lui pour l'aider et il aimait ça. Martin, et le rôle paternel qu'il incarnait, était crucial pour tous les jeunes qui travaillaient auprès de lui.

     

     

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    Abigail avait souri à la remarque. Elle trouvait peu à peu ses repères et le « chef apprenti » devenait tout doucement son ami. Mais ici, personne ne pouvait se vanter de connaître son histoire. Malgré l'ambiance joviale et la bonne entente qu'il y avait au sein de l'équipe, elle ne pouvait envisager de se confier. De toute façon, à quoi cela aurait servi ? Abby était un être solitaire et raconter à n'importe qui ses noirs secrets ne l'aurait pas aidé à changer.

     


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    Attablée après son service, Abigail soufflait un peu. Bien que l'établissement ne soit pas très fréquenté en journée, le monde qui affluait les soirs d'été avait de quoi la maintenir à la plonge un bon moment. Il était presque deux heure du matin et enfin, elle pouvait respirer. Nous étions dimanche – enfin lundi matin très tôt- et seul Martin était encore là. Enfermé dans son bureau, il devait certainement compter la recette de la journée. Alors, perdue dans ses pensées, elle sursauta violemment lorsque la porte vitrée de « Chez Bennett et Fils » s'ouvrit. Son cœur s’accéléra, et l'espace d'un instant, elle crut un truand de bas étage venait vider la caisse. Mais elle se calma aussitôt quand elle reconnut la silhouette d'Heather. Emmitouflée dans un grand imperméable dégoulinant, elle s'essuyait les pieds sur un tapis spécialement mis là pour l'occasion, un orage violent ayant éclaté un peu plus tôt dans la soirée.

     

     

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    Abby gratifia la femme d'un large sourire sincère et elle alla l'accueillir. Heather venait souvent rendre visite à Martin, mais jamais aussi tard. Que voulait-elle ?

     

    D'après ce qu'elle avait pu comprendre, Heather et Martin étaient de la même « école », mais Martin, après une petite descente aux Enfers avait finalement retrouvé le droit chemin et repris la direction du restaurant familial. C'était lors de son petit séjour de la rue qu'il s'était rapproché d'Heather, et depuis, ils étaient devenus bons amis.

     

    L'adolescente s'approcha de la femme qui la serra brièvement dans ses bras. Même si elle ne lui avait jamais vraiment parlé de choses personnelles, une certaine complicité s'était établie entre elles. Peut-être parce que derrière ses lunettes à monture rouge, le regard bienveillant de la serveuse lui rappelait celui de sa mère.

     


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