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    Le temps passait lentement, les journées se succédant dans une monotonie affligeante. Mais Jack avait trouvé de quoi meubler un peu son emploi du temps : il retrouvait Simon tous les jours, à la même heure et sur le même balcon pour fumer tranquillement. Jack n'appréciait guère les contacts humains, mais il devait avouer que passer un peu de temps en compagnie d'une personne qui ne le prenait pas encore pour un « con » était agréable et lui faisait supporter un peu plus facilement les longues journées qu'il passait seul dans sa chambre. Et puis Simon, qu'il avait d'abord pris pour un allumé parmi tant d'autres s'était révélé être quelqu'un de très intéressant. Pas comme lui qui ne faisait qu'aboyer après tout le monde et qui n'avait aucune excuse pour expliquer son comportement odieux.


    Simon s'était fait hospitaliser de son plein gré pour régler définitivement un problème d'alcoolisme. Mais il n'était pas vraiment convaincu après toutes ses tentatives infructueuses. Jack l'avait écouté, ne lui posant presque aucune question. Il ne connaissait de Simon que ce que ce dernier avait bien voulu lui dévoiler de sa personne. Autrement dit, pas grand chose si ce n'était que sa nouvelle petite-amie, Amanda, lui avait donné un peu de courage pour sa cure.

     

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    Et puis un jour, le déclic se fit. Ce jour là, le ciel s'annonçait maussade et un orage se faisait entendre dans le lointain. Les rumeurs dans les couloirs s'étaient tues, l'ambiance se voulait propice aux confidences.

    - Tu vas me vraiment me prendre pour un dingue lâcha Simon d'une toute petite voix. Tu vas me prendre pour un dingue, comme tous les autres.

    Jack se rapprocha de lui.

    - Je sais que je suis un peu plus con que la moyenne, que j'ai un caractère difficile, mais j'ai la présence d'esprit de ne pas juger les gens.

    Le jeune homme afficha une expression grave et pris une profonde inspiration. Que pouvait-il bien lui cacher de si important ?

    - Jack, ta mère … Elle est là.


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    Le visage de Jack se durcit à l'entente de ces mots. Sa mère était un sujet sensible et il ne tolérait pas qu'on lui en parle. Et Simon le savait pertinemment puisqu'il lui avait récemment avoué que son décès était la cause indirecte de son accident de voiture.

    - Te fous pas de moi. C'est pas parce que je suis en fauteuil que je ne peux pas te casser la gueule si tu continues à raconter des telles conneries.

    Simon, visiblement blessé, poursuivit néanmoins.

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    - Je ne te mens pas. Elle est toujours là, avec toi, elle ne te quitte jamais. Elle est jeune, une trentaine d'années peut-être, et tu lui ressembles beaucoup. Elle a de longs cheveux châtains nattés ainsi qu'un collier au cou.

    Jack fronça les sourcils, mais n'ajouta rien, se demandant si tout cela n'était qu'une mauvaise plaisanterie.

    - Elle veut te dire qu'elle est désolée de t'avoir abandonné si jeune et elle est vraiment affligée de te voir dans cet état. Elle sait que rester enfermé est dur pour toi, mais elle sait aussi que tu guériras. Elle t'aime, elle ne cesse de le répéter. Elle t'aime et elle veillera toujours sur toi.

    - C'est pas parce que je t'ai dit que je m'étais crashé en voiture à cause d'une hallucination que tu dois essayer de me faire avaler n'importe quoi, lui répondit-il sur un ton excédé.

    - C'est pas n'importe quoi. Elle est morte d'un cancer quand tu avais 15 ans et ton père s'est suicidé neuf ans après car il n'arrivait plus à vivre sans elle. Le collier qu'elle porte est un papillon et c'est le dernier cadeau de fête des mères que tu as pu lui offrir.

    -Comment tu sais ça ?! Gronda Jack, les dents serrées par la rage et la douleur.

    - C'est elle qui me l'a dit. Je ne te mens pas Jack. Cette nuit où tu as fait une sortie de route, ton père était vraiment avec toi. Tu n'as pas rêvé murmura Simon, la voix tremblante.


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    -Tu es quoi ? Un espèce de médium ou un truc du genre ?

    Le jeune homme acquiesça silencieusement et il essaya d'allumer une cigarette, en vain. Alors il décida de poursuivre :

    - C'est pas un don mais une malédiction. Quand j'étais môme, je faisais peur à mes parents. Tellement peur qu'ils m'ont fait voir tout un tas de psychiatres qui m'ont tous diagnostiqué une pathologie mentale différente. Et j'étais un junkie à même pas dix ans, t'imagines ? Il sourit, mais d'un de ces sourires à vous glacer le sang. Quoi qu'il en soit, un jour, j'en eu assez qu'on me traite en paria et j'ai tenté de me suicider. De toute façon, avec tous les médocs que j'avais, c'était pas très malin de me laisser sans surveillance. Je suis officiellement mort durant trois minutes, mais un toubib zélé à réussi a me sauver. Quel con. Grâce à lui, j'ai dû faire un petit détour en hôpital psychiatrique et je peux te certifier que c'est pas comme sur les brochures. C'est glauque, encore pire qu'ici. Autant te dire que lorsque j'ai pu en sortir, j'ai préféré troquer mes cachets contre l'alcool. Au moins, on ne me prenait pas pour un dingue, enfin moins qu'avant, et c'était plus efficace pour me faire oublier tous ces fantômes qui ne cessent jamais de me poursuivre.

    Jack ferma les yeux un instant, prit une profonde inspiration et tendit vers Simon son briquet dont la flamme vacillait doucement.

     

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    - Emmerde les autres. T'es pas un monstre, tu es juste un homme à qui la vie n'a pas souri. T'es quelqu'un de bien Simon et je le pense sincèrement.

    L'intéressé émit un petit rire faible, peu convaincu par ces quelques paroles. L'individu se construit par rapport à l'image que les autres lui renvoient. Alors comment croire que l'on n'est pas fou lorsqu'on ne cesse de nous le répéter ?

    - Si tu n'étais pas pas quelqu'un de bien, tu n'aurais pas entamé toi-même les démarches pour arrêter l'alcool. Tu n'aurais pas une copine qui t'aide et qui te soutient. Et tu n'écouterais pas non plus les morts. Tu as un sacré poids sur les épaules, mais c'est ce poids qui te rend unique. Si ça se trouve, sans lui, tu serais peut-être un bel enfoiré, un peu comme moi.

    Il ponctua sa phrase d'un sourire malicieux.

     

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    - Je dois filer, j'ai une séance avec le kiné. Au fait, j'occupe la chambre 311, passe faire un tour à l'occas', j'ai pas beaucoup de visite.

     

     

     

     

    Avec un peu de retard, voici la maj. Mais pour me faire pardonner, vous avez presque le double de lecture ^.^
    L'hôpital Saint-ange a été construit par ma petite personne et j'ai bien cru abandonner en route >.< Heureusement que tout se passe sur un balcon, sinon vous m'auriez retrouvée morte xD

    On en apprend donc un peu plus sur Jack et Simon et j'espère que ce petit flashback vous a plu.
    Je vous invite à vous inscrire à la newsletter (menu à gauche, en bas) pour être tenu informé des publications et je vous souhaite à tous bon courage pour cette rentrée ^^

     

     

    Bonus

    Que c'est dur la vie de fufu, avec Kaoru et Meïko

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    Le parquet grinça sous leurs pas malgré tous leurs efforts de discrétion. C'était un fait, la maison était vieille, à l'abandon et elle résistait tant bien que mal aux intempéries depuis de trop longues années déjà. Comment pouvait-elle encore tenir debout ?

     

    - On va finir par se tuer gronda Jack en entamant l'ascension de l'escalier. Je vais mourir ici et personne ne le sauras. Et si ça se trouve, le pire sera que tu ne te rendras même pas compte que tu as un fantôme comme meilleur pote …

    - Je suis monté tout à l'heure sans souci lui répondit Simon sur un ton détaché, alors ne t'en fais pas, tout ira bien.


    Depuis qu'ils avaient pénétré l'ancienne bâtisse, Simon n'arrivait plus à fixer son attention sur quelque chose de concret. L'ambiance qui régnait entre ses murs était particulière et il se laissait trop facilement submerger par des émotions qu'il n'arrivait pas à contrôler. Il avait peur. Il était en colère. Il avait mal. Et il n'était plus lui-même. La demeure le transformait peu à peu, comme à chaque fois qu'une entité surnaturelle prenait contact avec lui. Mais dans ce cas précis, mais il n'avait pas affaire à une âme en détresse. Ici, la chose était plus complexe, plus forte, un peu comme si c'était la maison entière qui s'adressait à lui. À travers chacun de ses murs suintait une particule d'histoire, libérant en lui des angoisses profondes, un écho à ses propres souvenirs. Jack, ayant remarqué son état, prit la parole :


    - Tu sais ce qu'il s'est passé ici ?

    - Tu ne le ressens pas ? Lui demanda-t-il simplement. Tu ne sens pas toute cette effervescence ?


    Il hocha simplement la tête et passa nerveusement la main dans sa nuque, visiblement contrarié. Bien que Simon soit un médium, et qu'il soit par conséquent plus sensible à des faits extrasensoriels, il pouvait généralement ressentir lui aussi certains sentiments, surtout quand le lieu est témoin d'une histoire forte en émotions. Or ici, il ne voyait rien. Pour lui, il ne s'agissait que d'une vieille baraque abandonnée, et la seule chose qu'il ressentait était son rythme cardiaque rapide. Les battements sourds de son cœur résonnaient dans tout son être, comme des détonations, miroir de ce qu'il avait ressenti la nuit de son accident. Il avait peur. Uniquement peur. Mais de quoi ?

     

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    - Le seul truc que je peux sentir, c'est l'odeur de moisi de cette vieille maison. Il marqua une pause, plutôt hésitant. Peut-être que Shane avait raison et qu'il n'y a rien …


    Sa voix mourut et le silence régna de nouveau, uniquement brisé par les craquements du parquet. Il s'attendait à trouver quelque chose d'extraordinaire avec cette enquête et désormais, il était déçu. Le lieu n'arrivait pas à la hauteur de ses espérances. Au final, il n'était rien de plus qu'un simple homme et il devait se l'avouer : ce ne serait pas lui qui prouverait à la Terre entière qu'une vie après la mort existe.


    - Tu l'as dit toi même avant notre départ, il n'y a rien à voir pour les gens ordinaires répliqua Simon en un soupir bruyant. Mais ce lieu … Il y a quelque chose de fort ici. Quelque chose … je ne sais pas, d'étrange ? Ce que je ressens ici, ça ressemble à ce que je ressens lorsque je me rends dans des endroits chargés d'un lourd passé.

    - Comme pour la Villa Elizabeth ? Questionna Jack à mi-voix


    Simon approuva silencieusement. La villa Elizabeth, se trouvant à quelques kilomètres seulement de leur ville d'origine, avait fait la une de tous les canards durant des semaines. Il s'agissait d'une affaire sordide de prostitution infantile qui s'était soldée par un meurtre. Simon, attiré par l'histoire, s'était rendu sur les lieux quelques temps après, une fois la maison mise en vente. Accompagné d'un agent immobilier, il en avait fait tout le tour, s'était attardé dans chaque pièce, prêt à aider le fantôme de la victime à être en paix. Mais la seule chose qu'il put percevoir fut la noirceur qui habitait la maison, gangrenant peu à peu son âme.


    - C'est étrange. J'ai l'impression que les murs veulent me restituer une histoire, mais une histoire qui n'a jamais eu lieu. Le fantôme du jardin, celui de la fillette et l'article du journal … Tu ne crois pas que la presse aurait saisi tant de sujets en en or pour booster ses ventes ?

     

     

    (sorry pour le faux raccord, on va dire que Simon avait un peu froid et qu'il a décidé d'enfiler une veste ^.^")


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    Sur ce point, Simon avait parfaitement raison. Si de telles choses avaient eu lieu ici, ils l'auraient su. Soit par le bouche à oreille, soit par les journaux. Les choses morbides et malsaines attirent toujours le public et savent capter son attention.


    - Peut-être que ces fantômes ont vécu ici, mais sont morts ailleurs, tenta Jack. Il n'y avait rien d'écrit de plus sur la coupure de journal ?


    Ils s'arrêtèrent dans un long couloir encombré de détritus et de poussière. Au bout de celui-ci, une fenêtre à la vitre brisée leur permettait de bénéficier de la clarté de la lune. Jack s'en approcha. La ville endormie de Chicago était là, juste derrière ce mur, et il ne pouvait en percevoir ses murmures. Dans cette maison, tout était calme, un peu comme si un autre monde s'ouvrait à eux. Un monde où le temps n'existait pas. Simon le rejoignit avec précaution et lui tendit l'article :

     

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    - Tu vois, il n'y a rien de plus. Chicago, 1964 et c'est tout ce que l'on peut en tirer. Il n'y a pas d'adresse, pas de rue indiquée. Rien. L'article a volontairement été tronqué. Et je doute fortement qu'un jour nous ayons la réponse sur la réelle nature de l'activité qu'il y a entre ces murs, sauf si j'arrive à retrouver la fillette de tout à l'heure.


    Jack observa le morceau de papier coupé grossièrement entre ses doigts. L'enquête qu'ils menaient ce soir s'avérait plus compliquée qu'il ne l'espérait et les chances de succès s'annonçaient moindres. Mais il était là et il se refusait d'abandonner.


    - Écoute, on va placer une caméra dans la chambre où tu as trouvé le journal. Avec un peu de chance, on verra quelque chose puisque tu es persuadé que la femme du journal est encore là. Ensuite, on peut se séparer. J'irai faire une session de PVE en bas et toi, tu resteras à l'étages à chercher la petite fille ou tout autre fantôme qui acceptera de se montrer.


    Se séparer lui semblait être désormais la meilleure option, Simon étant plus réceptif lorsqu'il agissait seul. Et même si enregistrer une conversation à sens unique sur un magnétophone était un des trucs les plus ennuyeux dans une enquête, Jack était prêt à se sacrifier pour obtenir quelques réponses.


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